Annexe:Conjugaison en français/Participe passé

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Le participe passé sert à conjuguer les temps composés (généralement avec l’auxiliaire avoir) et les formes passives et réflexives (avec l’auxiliaire être).

Il ne doit surtout pas être confondu avec un adjectif :

  • le café est trop sucré, il est imbuvable : sucré est ici un adjectif (souvent appelé adjectif verbal, ce qui est assez trompeur), la phrase ne fait pas du tout référence à l’action de sucrer, mais simplement au goût sucré.
  • le café a été trop sucré, il est imbuvable : sucré est ici le participe passé du verbe sucrer, la phrase fait référence à l’action de sucrer.

Le radical du passé simple ressemble très souvent au participe passé.

Sommaire

Temps composés [modifier]

La « conjugaison » des temps composés est celle des auxiliaires.

Il y a deux types de temps composés, ceux qui « se conjuguent avec Avoir », ce qui est la forme normale, et ceux qui « se conjuguent avec Être », qui sont des exceptions.

Conjugaisons avec Avoir - temps composés [modifier]

La conjugaison avec l’auxiliaire « Avoir », suivi de l’adjectif verbal, évoque simultanément deux moments:

  • Le temps auquel est conjugué le verbe Avoir : « j’ai mangé » signifie effectivement qu’on possède (verbe avoir) maintenant, dans le présent, une caractéristique, qui est celle d’avoir mangé.
  • Un temps passé par rapport au temps de l’auxiliaire: Si cette caractéristique est acquise, c’est que l’activité qui permet de l’acquérir (manger) est située dans le passé par rapport au temps considéré.

Cette construction peut être faite avec tous les temps de l’auxiliaire, la signification étant toujours liée d’une part au temps de l’auxiliaire, et d’autre part à un temps passé par rapport à cette première référence. La composition ne pose généralement pas de problème, si ce n’est que les formes peuvent être plus ou moins habituelles.

Les temps composés courants sont:

  • Présent > Passé composé: J’ai mangé à midi un excellent repas.
  • Imparfait > Plus que parfait: J’avais mangé quand il entra.
  • Passé simple > Passé antérieur: Quand j’eus mangé, il entra.
  • Futur > Futur antérieur: Quand j’aurai mangé, je partirai.
  • Subjonctif présent > Subjonctif passé: Je ne pense pas que tu aies mangé avant l’orage.
  • Infinitif > (pas de nom particulier): Avoir mangé me rend somnolent.

Les temps composés plus rares:

  • Impératif > Impératif passé (rare): Au moins, avant d’entamer un pot de confiture, ayez fini le précédent!
  • Subjonctif imparfait> Subjonctif plus que parfait: J’aurais préféré que tu eusses mangé avant l’orage.
  • Conditionnel > Conditionnel passé 1ère forme' : Tu aurais mangé gratuitement s’il était venu.
  • Subjonctif imparfait > Conditionnel passé 2ème forme : il n’eût pas résisté si je fusse arrivé à temps.

Enfin, l’auxiliaire peut lui-même être à un temps composé, ce qui donne des temps sur-composés. Toutes les formes sont imaginables, mais la seule d’usage réel est le passé sur-composé : il est parti dès qu’il a eu fini son travail.

Irrégularités : conjugaisons avec ÊTRE [modifier]

Certains verbes intransitifs conjuguent leur temps composés avec le verbe être, comme s’il s’agissait d’une tournure passive (et s’accordent en conséquence). Ce sont :

  • Les verbes pronominaux
    « Ils s’étaient disputés pendant toute la matinée » mais « Il a disputé ses enfants. »

(*) Pour le verbe tomber, le sens transitif est d’acquisition récente et reste un régionalisme : « Il a tombé la veste. »

Conjugaison passive [modifier]

A chaque verbe transitif (par exemple, Voir : « A voit B ») correspond une forme de conjugaison passive (Être vu, par exemple « B est vu (par A) »).

La conjugaison passive est essentiellement celle du verbe être suivi du participe passé.

Contrairement à un adjectif, pour la voie passive, le participe passé peut (du fait de son caractère de verbe) recevoir un complément d’agent (la vache est vue par le fermier), construction qui bien entendu n’existe pas pour des adjectifs, faute de sens (la vache est bleue par… ???).

Accord du participe passé [modifier]

Le participe passé sert à la fois pour la conjugaison des temps composés (avec une nuance de passé), et pour la conjugaison du passif (avec une nuance de présent).

Les types d’emploi et les règles d’accord associées sont données par le tableau suivant:

Emploi Exemple Verbe Accord
Temps composé il a vu avoir pas d’accord
Temps composé & objet il a vu la fleur avoir pas d’accord
Agent + objet + épithète conjugué lui l’a vue avoir accord
Objet + agent + épithète conjugué celle qu’il a vue avoir accord
Objet + épithète la fleur vue accord
Objet + attribut la fleur est vue être accord
Passif la fleur est maintenant vue être accord

Règle pratique [modifier]

La règle pratique traditionnelle est la suivante :

Le participe passé employé avec le verbe « avoir » s’accorde si l’objet est placé avant le verbe.

L’exemple type est le grand air d’opéra, à prononcer traditionnellement une main sur le cœur et l’autre pointant vers les nuages « La fleur, que tu m’avais jetéE… »

Exceptions et difficultés [modifier]

Verbes impersonnels [modifier]

Le participe des verbes impersonnels ne s’accorde pas.

(parce que la tournure impersonnelle n’a ni genre, ni nombre):

  • La chaleur qu’il a fait.
  • L’histoire qu’il est advenu. (Qu’est-ce qui advient ? « Il » advient quelque chose, impersonnel)

Remarque: Attention, à une lettre près, on dit au contraire « L’histoire qui m’est advenue » dès que la tournure n’est plus impersonnelle. (Qu’est-ce qui advient ? L’histoire, donc accord).

Recherche de l’objet du participe [modifier]

Le problème est généralement de déterminer l’objet exact qui correspond au participe. Celui-ci peut être identifié par la construction <objet + épithète> équivalente.

Le participe qualifie tout une proposition [modifier]

Un objet neutre (notamment une proposition — parfois sous-entendue) ne provoque pas d’accord.

D’une manière générale, dans le cas d’un participe suivi d’un infinitif (entendu chanter), on peut faire l’accord si l’on peut dire «entendu <en train de> chanter». Dans les autres cas, l’objet est une proposition.

Exemple Objet Aux. Participe
Les exploits que j’ai entendu chanter

<chanter des exploits>

est entendu
Les chanteurs que j’ai entendus chanter Les chanteurs (en train de chanter) sont entendus
Ces textes qu’on a crus

ces textes

sont crus
Ces textes qu’on a cru authentiques

<que les textes sont authentiques>

est cru
Ces filles, il les a vues faire une faute Les filles (en train de faire) sont vues
Ces fautes, il les a vu faire

<faire la faute>

est vu
La peine qu’elle m’a coûté La peine a coûté

Différences de signification [modifier]

C’est souvent la signification que l’on veut donner qui provoque une différence :

Exemple Objet Aux. Participe
J’ai les pièces que j’ai voulues Les pièces sont voulues
J’ai les pièces que j’ai voulu <avoir les pièces> est voulu
On a été déçu on (impersonnel) est déçu
On a été déçues on (nous autres filles) est déçues

Conjugaison pronominale [modifier]

Les conjugaisons pronominales se conjuguent avec le verbe être. L’accord se fait de manière régulière quand l’objet n’est pas situé après le participe (ce qui est le cas d’un passé composé pur).

Exemple Objet Aux. Participe
Elles se sont assurées du fait elles sont assurées
Elles se sont assuré du pain le pain est assuré
Ils se sont accusés de leurs erreurs ils sont accusés
Ils se sont reproché leurs erreurs les erreurs sont reprochées
Nous nous sommes aperçus dans la glace nous sommes aperçus
Nous nous sommes aperçu de l’erreur l’erreur est aperçue

Verbes essentiellement pronominaux [modifier]

Il n’y a pas de limite tranchée avec la conjugaison pronominale générale, quand l’agent est également l’objet de l’action, si ce n’est que la construction «attribut» n’est généralement pas possible.

Quand l’objet et l’agent sont identiques, le participe s’accorde avec l’objet / agent

Exemple Objet / Agent Participe
Ils se sont échappés Eux échappés (emploi réfléchi)
Ils s’en sont doutés Eux doutés (emploi réfléchi)

Le participe ne s’accorde pas quand l’objet et l’agent ne sont pas identiques:

Ils se sont succédé. (l’un a succédé à l’autre, emploi pronominal).

Comparer :

Ils se sont laissé laver (quelqu’un d’autre les a lavés, emploi pronominal) et Elles se sont fait colorer les cheveux (quelqu’un d’autre les a coloré, emploi pronominal), puis
Ils se sont laissés tomber (ils sont tombés eux-mêmes, emploi réfléchi) mais Elles se sont fait mijoter une bonne recette (elles l’ont mijotée elles-mêmes, emploi réfléchi mais l’objet direct du verbe transitif n’est pas l’agent).

NB : ceux qui peuvent lire ces derniers exemples sans avoir un sentiment de profond découragement peuvent prétendre au titre d’expert en la matière. On peut distinguer les deux emplois (réfléchis ou pronominal) en regardant avec quel auxiliaire (être ou avoir) se conjugue le verbe à l’infinitif qui suit, et si ce verbe est transitif ou n’a qu’un objet indirect auquel se rapporte le pronom du premier verbe. Une autre façon de le voir plus facilement est de se demander avec quel auxiliaire le verbe qui suit se conjuguerait en supprimait le semi-auxiliaire sans changer l’agent :

Ils ont été lavés (par quelqu’un d’autre, forme passive de quelqu’un les a lavés conjuguée avec avoir transitif) et Elles ont eu les cheveux colorés (par quelqu’un d’autre, forme passive de Quelqu’un leur a coloré les cheveux conjugué avec avoir et transitif), puis
Ils sont tombés (forme active conjuguée avec être) mais Elles ont mijoté une bonne recette (forme active conjuguée avec avoir et transitif).

À noter que dans les rectifications orthographiques de 1990, les verbes transitifs peuvent ne plus s’accorder avec l’agent lorsqu’ils sont employés comme verbes semi-auxiliaires réfléchis (tel qu’ici se laisser ou se faire). C’est d’ailleurs l’usage le plus fréquent depuis longtemps pour le verbe faire employé comme semi-auxiliaire.