dépit
Définition, traduction, prononciation, anagramme et synonyme sur le dictionnaire libre Wiktionnaire.
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[modifier] Français
Étymologie
- De l’ancien français despit (« mépris ») (du XIIe siècle jusqu’au XVIIe siècle), du latin despectus, de despicere (« regarder de haut en bas, mépriser »), de la préposition de, et specere (regarder) (voir aussi spect).
Nom commun
| Singulier | Pluriel |
|---|---|
| dépit | dépits |
| /de.pi/ | |
dépit /de.pi/ masculin
- Chagrin mêlé d’un peu de colère, d’irritation.
- M’ayant fait oublier tous les dépits qu’elle m’a faits, je ne me souviens plus que des excellentes qualités qui la rendent aimable et admirable. — (Vincent Voiture, Lettres, 23)
- Je crève de dépit. — (Molière, Les Précieuses ridicules, Scène XVII)
- J’en ai dans le cœur davantage ;
Et, pour s’exprimer tout, ce cœur a du dépit
De ne point trouver de langage. — (Molière, Amphitryon, II, 6) - De grand dépit Richard elle interrompt. — (Jean de la Fontaine, Contes, Livre I : II. Richard Minutolo)
- Les victoires de Maurice firent mourir de dépit Chosroès. — (Jacques-Bénigne Bossuet, Historique, I, 11)
- Tous ces présents, Albine, irritent mon dépit. — (Jean Racine, Britannicus, I, 1)
- Quoi qu’il en soit, Néron, d’aussi loin qu’il me vit,
Laissa sur son visage éclater son dépit. — (Jean Racine, op. cit.) - Crois que dans son dépit mon cœur est endurci. — (Jean Racine, Andromaque, II, 1)
- Que vous importe, ô dieux, sa joie ou son dépit ? — (Jean Racine, op. cit., II, 5)
- Entre amants tel dépit n’est qu’une bagatelle ;
Je veux dès aujourd’hui vous remettre avec elle. — (Jean-François Regnard, Ménechmes, IV, 4) - Ces paroles artificieuses perçaient le cœur de Télémaque, et le remplissaient de dépit contre Mentor, dont il voulait secouer le joug. — (François de Salignac de la Mothe Fénelon, Télémaque, Livre VI)
- Il laissa tomber sa lyre de dépit. — (François de Salignac de la Mothe Fénelon, op. cit., Livre VIII)
- Les divisions, les dégoûts, les dépits ne peuvent y avoir aucune entrée. — (François de Salignac de la Mothe Fénelon, op. cit., Livre XIV)
- On m’accuse de n’avoir eu cette complaisance que pour faire dépit au maître des choses. — (Voltaire, Le Taureau, Chapitre III)
- Croyez-moi, ces dépits que l’orgueil vous déguise,
Sont partout dangereux et surtout à Venise. — (Ducis, Othello, I, 6)
- (Figuré) (Familier) Faire une chose en dépit du sens commun, du bon sens, etc. : la faire très mal.
- Tes écrits, il est vrai, sans art et languissants
Semblent être formés en dépit du bon sens. — (Nicolas Boileau-Despréaux, Satire II) - Ils ont l’air d’être faits en dépit de l’art. — (Denis Diderot, Salon de 1767, Œuvres, tome XV, p. 5, dans Pougens)
- Tes écrits, il est vrai, sans art et languissants
- En dépit qu’on en ait : C’est-à-dire quoi qu’on fasse.
- Quelquefois en dépit que j’en aie. — (René Descartes, Méditations, 2)
- J’ai caché si longtemps l’ennui qui me dévore
Qu’en dépit que j’en aie enfin il s’évapore. — (Pierre Corneille, Pulchérie, II, 1) - J’ai beau voir ses défauts et j’ai beau l’en blâmer,
En dépit qu’on en ait, elle se fait aimer. — (Molière, Le Misanthrope, I, 1) - Il faut que je lui sois fidèle en dépit que j’en aie. — (Molière, Don Juan, I, 1)
- Je me sens pour vous de la tendresse en dépit que j’en aie. — (Molière, L’Avare, III, 5)
- Oh ! vous y resterez en dépit qu’on en ait : C’est moi qui vous…Je dis, monsieur vous le promet. — (Jean-François Collin D’Harleville, Le Vieux Célibataire, Acte IV, Scène X)
Apparentés étymologiques
Dérivés
- croître par dépit : croître sans qu’on en prenne aucun soin, en parlant d'une chose
- en dépit de
- se couper le nez pour faire dépit à son voisin : se nuire pour une vengeance qu’on n’obtient même pas
Traductions
- anglais : spite (en), in spite of (en) (en dépit de)
- allemand : Miss-Stimmung (de) féminin ; Missstimmung (de) féminin ; Unwille (de) masculin ; Verdruss (de) masculin
- bourguignon : dépey
- catalan : despit (ca)
Prononciation
- France : écouter « dépit [de.pi] »
Références
- Émile Littré, Dictionnaire de la langue française, 1872-1877 (dépit)
- Dictionnaire de l’Académie française, huitième édition, 1932-1935 (dépit)
- Petit Robert 1, dictionnaire de la langue française, 1990.