danser sur un volcan

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Français[modifier | modifier le wikicode]

Étymologie[modifier | modifier le wikicode]

→ voir danser et volcan
Cette locution a pour origine un mot de Narcisse-Achille de Salvandy, prononcé lors d’une fête donnée au Palais-Royal par le duc d’Orléans en l’honneur du roi et de la reine de Naples, en 1830, quelques semaines avant que n’éclate la Révolution de Juillet. Salvandy a lui-même raconté cet épisode en ces termes : « Je venais de m’entretenir avec un des membres du cabinet des dangers de la lutte engagée par l’autorité royale. « Nous ne reculerons pas d’une semelle, » m’avait-il dit [...]. « Eh bien ! lui répondis-je, le roi et vous reculerez d’une frontière. » [...] Ce fut peu après que, passant près de Mgr le duc d’Orléans qui recevait de nombreux compliments sur les magnificences de sa fête, je lui adressai ce mot que les feuilles répétèrent le lendemain. — « C'est une fête toute napolitaine, monseigneur ; nous dansons sur un volcan. » [1] [2]

Locution verbale[modifier | modifier le wikicode]

danser sur un volcan /dɑ̃.se sy‿ʁœ̃ vɔl.kɑ̃/ (se conjugue, voir la conjugaison de danser)

  1. (Figuré) Ne pas se rendre compte ou ne pas se soucier d’un danger imminent.
    • Je rencontrai au milieu de cette foule riante et variée le vieux marquis de V..., sorte de fantôme de l’autre monde, toujours de mauvaise humeur, et dont l’air sombre contrastait avec l’hilarité générale. Il vint à moi, et me prenant par la main : « Que pensez-vous, madame, me dit-il, de cette réunion ? elle est splendide, joyeuse ; et cependant on danse sur un volcan ; on s’embrasse aujourd'hui , et on ne tardera pas à s’égorger. C’est le festin de la discorde. On ne peut perdre plus gaiement une couronne. (Étienne-Léon de Lamothe-Langon, Mémoires et Souvenirs d’une femme de qualité sur le Consulat et l’Empire, Mame et Delaunay-Vallée, 1831, t. 1, p. 183)
    • La société est une vraie forêt de Bondy. On a dit que nous dansions sur un volcan ; la comparaison est emphatique ! Pas du tout ! nous trépignons sur la planche pourrie d’une vaste latrine. L’humanité, pour ma part, me donne envie de vomir, et il faudrait aller se pendre, s’il n’y avait, par ci par là, de nobles esprits qui désinfectent l’atmosphère. (Gustave Flaubert, lettre à Eugène Delattre, 10 janvier 1859, dans Œuvres complètes, t. 13, Correspondance 1850-1859, Club de l'honnête homme, Paris, 1974, p. 654)
    • Ah ! grand Dieu, pourquoi nous disputons-nous ? Qu’est-ce que nous nous voulons, les uns aux autres, lorsque nous ne sommes pas sûrs de ne pas tomber dans une crevasse en sortant d’acheter cinq sous de tabac ! La métaphore tant blaguée : danser sur un volcan, est la seule qui soit juste, et littéralement, pour définir la vie que nous menons (à fond de train) sur la terre. (Émile Bergerat, Les Soirées de Calibangrève, E. Flammarion, 1892, p. 147)
    • Enfin, la lucidité lui fait souvent défaut. Il n’aperçoit pas les chausse-trappes ouvertes sous ses pieds, et se croit sur une mer d’huile alors qu’il danse sur un volcan. (Jacques Georgel, Chateaubriand, dix-neuf femmes et un fils américain, Éditions Le Manuscrit, 2004, p. 165)
    • Les années 1920, c’est aussi la décennie qui précède la grande crise de 1929, celle où on a dit de l’élite européenne qu’elle « dansait sur un volcan », préférant le jazz et les clubs à la conscience des difficultés économiques et de la fascisation des esprits. (Irène Favier, dans un entretien avec Axelle Marie Girard, Le Huffington Post, 4 juillet 2012)

Références[modifier | modifier le wikicode]

  • TLFi, Le Trésor de la langue française informatisé (1971-1994) (danser)
  • [1] Narcisse-Achille de Salvandy, « Une fête au Palais-Royal, juin 1830 » dans Paris, ou le Livre des cent et un, Ladvocat, Paris, t. 1, 1831, p. 398. L’origine de la métaphore est indiquée par la proximité entre Naples et le Vésuve.
  • [2]Joseph d’Haussonville écrit aussi dans ses Souvenirs : « L’arrivée du roi et de la reine de Naples à Paris, où ils habitaient le palais de l’Élysée, fut l’occasion de plusieurs fêtes. Celle qui fut donnée au Palais-Royal par le duc d’Orléans [...] a laissé presque des souvenirs historiques à cause du mot heureux de M. de Salvandy, répété dans le moment de bouche en bouche et si souvent cité depuis : « C’est vraiment une fête napolitaine, car nous dansons sur un volcan. » — Joseph-Othenin-Bernard de Cléron, comte d’Haussonville, Ma jeunesse, 1814-1830, souvenirs, C. Lévy, Paris, 1885, p. 292.