Wiktionnaire:Actualités/083-février-2022

Définition, traduction, prononciation, anagramme et synonyme sur le dictionnaire libre Wiktionnaire.
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Actualités du Wiktionnaire

Numéro 83 — février 2022
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Wiktionnaire:Actualités est un journal mensuel sur le Wiktionnaire, les dictionnaires et les mots. Il est publié en ligne depuis avril 2015. Son écriture est ouverte à toutes les bonnes volontés. Vous pouvez vous inscrire pour recevoir un avis lors de la publication des prochains numéros, consulter les anciens numéros et participer au brouillon de la prochaine édition. Vous pouvez lire aussi les Regards sur l’actualité de la Wikimedia. Pour les commentaires, critiques ou suggestions, voir la page de discussion.

Tulipe.

Une tulipe au pourpre profond photographiée par Acabashi (cliquez pour voir la photographie en entier).

Brèves d’ici

  • Thomas Linard a proposé en février une collaboration du mois visant à la description de locutions adverbiales avec à la. Plus de cent nouvelles entrées en français ont été ajoutées par une demi-douzaine de personnes, ainsi que des créations en italien et en sicilien !
  • Thomas Linard a également relevé un problème lié à un code archaïque, une font-stack obsolète, liée à l’évolution technique sur la manière de gérer les polices d’écritures. La discussion collective sur la Wikidémie a permis de mieux appréhender cette aspect important pour la présentation de mots dans des langues qui ont des caractères non latins, et de résoudre le problème au mieux (discussion qui reprendra en mars).
  • Lepticed7 propose une prise de décision entre le 17 février et le 3 mars afin de trancher sur la manière de décrire les mots avec des points médians. Il s’agit d’acter que ce sont des formes admissibles au même titre que d’autres entrées déjà décrites normalement dans le Wiktionnaire.


Statistiques

Du 20 janvier au 20 février 2022

Circle-icons-arrow-up.svg + 15 040 entrées et 99 langues modifiées pour atteindre 4 496 826 entrées et 1 278 langues avec au moins cinq entrées.

Circle-icons-typography.svg + 1 915 entrées en français pour atteindre 399 045 lemmes et 614 699 définitions.

Circle-icons-bar-chart.svg Les cinq langues qui ont le plus avancé, outre le français, sont le same du Nord (+ 6 261 entrées), l’allemand (+ 2 308 entrées), le sicilien (+ 585 entrées), le polonais (+ 556 entrées) et le breton (+ 507 entrées).

Circle-icons-typography-ar.svgLes nouvelles langues sont : le sehwi (+11), l’ahanta (+9), l’inuttitut (+2), le westphalien (+1).

Circle-icons-quote.svg + 3 810 citations ou exemples en français pour atteindre 510 938.

Circle-icons-camera.svg + 975 médias d’illustrations (images et vidéos) dans les pages principales du Wiktionnaire, pour atteindre 59 528.

Du 31 janvier au 28 février 2022

Circle-icons-speaker.svg + 3 268 sections de langue contenant au moins une prononciation audio (dont 569 pour le français) pour atteindre 314 751 sections de langue contenant au moins une prononciation audio pour 139 langues (dont 134 645 pour le français).

Icons8 flat mind map.svg + 1 nouveau thésaurus ce mois-ci, pour un total de 1 102 thésaurus dans 67 langues dont 805 thésaurus en langue française. Le nouveau thésaurus est sur les minorités sexuelles et de genre par Léna.

Circle-icons-trends.svg Wikiscan et Wikistats donnent chaque mois accès à beaucoup de mesures, dont la liste des pages les plus consultées et des pages modifiées par le plus de personnes.

Circle-icons-calendar.svg + 16 mots créés sur les 28 proposés dans les Mots du jour !

Structure du site icône.svg + 1 lexique thématique en français ce mois-ci, celui des cours d’eau d’Amérique du Sud.

Brèves d’ailleurs

  • Avis de publication du no 119 des Cahiers de lexicologie édité par Garnier et non disponible en ligne. Il est consacré au lexique du corps humain, un sujet qui avait été brièvement abordé dans la présentation de deux dictionnaires dédiés à ce sujet dans les Actualités de mai 2017.
  • Une nouvelle revue de publication académique, Living Languages, réunit des articles en espagnol, anglais et portugais sur les projets de revitalisation des langues en danger.
  • Corinne Mencé-Caster, linguiste antillaise, présente pour La 1ère son ouvrage Pour une linguistique de l’intime. Elle y étudie la relation qu’entretiennent les locuteurs et locutrices avec leurs langues, les valeurs et sentiments qui s’y rattachent.
  • Dans un article en anglais, Envlh présente la démarche qu’il a expérimentée avec VIGNERON pour importer un dictionnaire numérisé dans Wikisource vers Wikidata. Au sein de Wikidata se trouve un espace pour les données lexicographiques, Lexeme, qui sert à intégrer ce type de contenu. Il s’agit d’une expérience pilote, à même d’être reproduite pour d’autres ressources.
  • Il a été question du Dictionnaire des francophones sur linuxfr.org. La possibilité de requêter la base de données, notamment les données du Wiktionnaire, est en effet utilisée dans le cadre du jeu Wordle, très à la mode sur les réseaux socio-numériques.


À voir ou écouter

Quelques émissions audio ou vidéo sur la lexicographie, la linguistique et la langue française sorties ou découvertes ce mois-ci.

  • Le même Bernard Cerquiglini intervient dans l’émission « Les chemins de la philosophie » d’Adèle Van Reeth pour France Culture en parlant de l’évolution des langues.
Polygale.

Une Polygale à feuilles de Myrte photographiée par C T Johansson.

Concision

Les dictionnaires ont d’abord fait florès comme ouvrages imprimés avant de devenir des objets numériques. Les livres de poche ou massifs, contenant un nombre variable d’entrées et de définitions, mais avec un souci constant, au-delà de la mission de l’objet d’être correct et proche du réel, celui d’être concis. Les définitions se devaient d’être ciselées au plus court, directes autant que claires, et faciles à comprendre. Les exemples eux aussi doivent prendre une place raisonnable afin de limiter le coût de l’impression et de permettre une plus grande diffusion du dictionnaire.

On va surtout retrouver les traces de ce souci de place dans les abréviations, présentes partout : étymologie (du l., du gr., de l’ar.), marques d’usage (vx., fam., anat., mar.) ou des indications de relations (SYN., ANT., cf., ◆). Tout un code à acquérir, qui s’est harmonisé entre les dictionnaires selon les langues et cultures éditoriales. Des termes techniques très spécialisés sont ainsi devenus habituels pour les consommateurs de dictionnaires, qui ont ainsi appris la langue du dictionnaire.

Anecdote au passage : le choix du dictionnaire d’espéranto Plena Ilustrato Vortaro qui opte pour une sélection de symboles pour les domaines, gagnant en place mais pas forcément en facilité d’accès. Et surtout, plusieurs de ces signes sont marqués d’une culture en particulier (l’architecture à la française, l’astrologie occidentale, le ski comme représentation du sport) qui vont à l’encontre du projet universel et transculturel de la langue. Cela laisse dubitatif sur la possibilité d’utiliser de nos jours des émojis à cette intention, même pour un lectorat qui serait plus uniforme culturellement.

Dans les dictionnaires numériques, la concision reste un enjeu important. Il faut que le lectorat accède rapidement à l’information, qu’il ne soit pas nécessaire de défiler trop longuement sur la page ou même que ça tienne dans un écran de téléphone portable. Les stratégies de l’imprimé ont été celles des premières années du Wiktionnaire qui a adopté les mêmes abréviations pour les marques d’usages en début de définition notamment. Dans le texte affiché d’abord, puis dans les noms des modèles utilisés à la place du texte. Ces modèles affichent un texte régulier avec une mise en forme spécifique, de manière systématique pour plusieurs pages. Les indications dans l’étymologie ont encore des traces de cette optimisation au plus économique, de ce gain de place à tout prix, pour afficher le moins de caractères possibles et économiser du stockage de données tout comme on économisait l’encre.

Mais le lectorat des dictionnaires d’aujourd’hui n’est plus celui d’hier et les abréviations ne sont plus toujours comprises. Les personnes qui apprennent la langue, jeunes comme adultes, ont déjà des difficultés avec tant d’aspects de la langue qu’il paraît incongru de leur imposer encore des codes supplémentaires. La langue du dictionnaire va-t-elle alors disparaître progressivement des écrans ? De nouvelles habitudes vont-elles naître, avec des stratégies originales telles que des pictogrammes, indications colorées ou sonores ?

Ce souci de faire court va-t-il donner lieu à des mises en page permettant d’escamoter certaines informations pour proposer une vue dense et une vue développée ? L’équilibre entre des définitions synthétiques et des définitions rédigées évolue selon les habitudes des personnes qui contribuent au Wiktionnaire, et peut-être que cela ira vers des définitions plus longues ? Tellement de questions, que je laisse ouvertes, cette chronique étant déjà fort peu concise !
— une chronique par Noé

Réformer l’espéranto : projet de 1894, partie 1

L’espéranto est une langue construite décrite pour la première fois en 1887 par Louis-Lazare Zamenhof, son initiateur. Il s’agit d’une langue se voulant simple, régulière et internationale. Les règles de la langue sont synthétisées en 1905 dans le Fundamento de Esperanto. 16 règles sur une page A4, c’est de l’argument choc pour sa simplicité ! (Les grammaires de l’espéranto ne sont pas aussi courtes. La grammaire de référence actuelle, le PMEG, fait 750 pages.)

Quelques précisions sur la grammaire sont nécessaires pour comprendre la suite : l’espéranto note les classes grammaticales de ses mots avec une lettre finale. -o pour les noms, -a pour les adjectifs, -e pour les adverbes et -i pour les verbes à l’infinitif. Ainsi, pour une même racine (disons san), on a sano (la santé), sana (sain), sane (sainement) et sani (être en bonne santé). L’espéranto marque le pluriel en ajoutant un -j après le mot et l’accusatif[1] avec un -n. Ainsi, kato (le chat) donne katoj (les chats), katon (le chat, à l’accusatif) et katojn (les chats, à l’accusatif).

Toujours est-il qu’avant d’arriver à la rédaction du Fundamento, l’espéranto a connu plusieurs projets de réforme (et il en connaitra d’autres après 1905). L’un des plus marquants est le projet de 1894, parce qu’il a été proposé par Zamenhof lui-même ! Et ce projet avait pour but de changer drastiquement l’espéranto. Zamenhof a proposé ses réformes dans six articles qu’il a publiés pendant six mois dans La Esperantisto, premier journal de l’espéranto. De quoi s’agissait-il en substance ? Et bien, de nombreuses et profondes modifications de la langue :

  • l’alphabet de l’espéranto, constitué de 28 lettres, se voit amputer de ses six lettres diacritées (ĉ, ĝ, ĥ, ĵ, ŝ, ŭ). De plus, l’inventaire des sons de l’espéranto est retravaillé.
  • la grammaire est profondément altérée : disparition de l’article défini la, disparition de l’accusatif -n, disparition de la marque du pluriel -j, les adjectifs ne s’accordent plus en nombre et en cas, les adjectifs et les adverbes finissent désormais en -e (il n’est plus possible de les différencier), la conjugaison, les nombres, les pronoms et les prépositions sont changées.
  • le dictionnaire est retravaillé. Les racines d’origine germaniques (et pas que) sont remplacées par des racines latines ou de langues dérivant du latin. Par exemple, ĉeval (cheval) est remplacée par kaval, hund (chien) par kan, ŝvel (enfler) par turgesk, zum (bourdonner) par burdon.

Bref, la langue réformée et l’espéranto ne se ressemblent plus du tout. Mais pourquoi donc Zamenhof a-t-il proposé ça ? Et comment l’histoire s’est-elle finie ? – On veut en savoir plus ! – Je sais que c’est une histoire passionnante, mais je vais manquer de place pour tout raconter, donc je vous donne rendez-vous le mois prochain. – Ooooooooh… – Bon, ça va, je vais vous donner des infos. Ça s’est fini dans le sang et les larmes ! Mouhahaha ! – Diantre, qu’ils sont violents ces espérantistes ! – Ça va, je déconne. On parlera d’argent (#LaMoulaga), de vote, et du manque d’argent (#PlusDeMoula).

  1. Les grammaires modernes rejettent ce terme pour y préférer le N-complément. En effet, le -n sert à plus de choses que n’est l’accusatif. Mais pour aujourd’hui, je vais utiliser « accusatif ».
— une chronique par Lepticed7
Fleur.

Une fritillaire pintade (appelée gogane en Anjou) photographiée par Manfred Leissner.

Les collaborations de la semaine de février

Ces suggestions, affichées sur la page d’accueil, ont été proposées par Noé et Sebleouf. Merci de leurs contributions aux personnes qui ont créé ces nouvelles entrées : Pamputt, Bercours, Herljevic, Poslovitch, Papypierre1 ! applau

Semaine 05 (31 janvier au 6 février 2022)

Une semaine qui va faire du bruit ! Des onomatopées qui sont utilisées comme interjections : froutch, oupla, outch, pfou, scroutch !

Semaine 06 (7 au 13 février 2022)

Cette semaine, intéressons-nous aux adverbes. Même s’ils sont globalement bien documentés, il en manque encore dans le Wiktionnaire, comme audimatiquement, senestrorsum, doucement mais sûrement, d’un seul trait, en transit ou au moment opportun.

Semaine 07 (14 au 20 février 2022)

Intéressons-nous aux pommes, un fruit polyvalent avec lequel on peut faire plein de choses : de la pomme bonne femme ou du vitréais, à partir de la variété Idared ou de pomme d’api. Et puis trinquons avec du cidre de glace. Attention toutefois au chancre nectrien !

Semaine 08 (21 au 27 février 2022)

Vue satellitaire du lac Yssyk Koul.

Connaissez-vous les plus grands lacs du monde ? Dans le haut du classement des noms de lacs en français : lac Supérieur, Balkhach, Ladoga, Lagoa dos Patos, Eyre, Yssyk Koul.

Semaine 09 (28 février au 6 mars 2022)

Quelques apocopes : éduc spé (éducateur-spécialisé ou éducatrice-spécialisée), orch (orchestre), élec (électricité), metal sympho (metal symphonique), tiek (tiéquar < quartier)

Semaines suivantes

En mars : des jeux, des sigles, des fourmis et de la serrurerie

Dictionnaire du mois

Les mots du bitume, de Rabelais aux rappeurs, petit dictionnaire de la langue de la rue, Aurore Vincenti, 2017, éditions Le Robert.

Les dictionnaires des innovations de la langue populaire sont nombreux, avec des noms évoluant au gré de la mode, filoutant l’argot, jactant la langue verte, celle des banlieues, des jeunes, de la zone et maintenant du bitume. Tant d’ouvrages qui décrivent des réalités parfois éphémères, parfois durables, des mots de la langue vivante.

La linguiste Aurore Vicenti reprend et enrichit des chroniques écrites pour la radio et diffusées sur France Inter sous le titre « Qu’est-ce que tu m’jactes ? ». Elle avait déjà présenté son propos principal dans une courte interview animée. Dans ce petit livre coloré, ce sont près de cent entrées dédiées chacune à un mot, avec des exemples d’usage pris dans le rap et des explications nombreuses et encyclopédiques, présentant l’étymologie, une analyse morphologique de la construction du mot ou le contexte dans lequel il est apparu ou s’est répandu. Le ton est léger, amusant ou érudit dans les nombreux encarts qui mettent en avant des anecdotes sur la langue ou d’autres mots que celui étudié. Environ 75 mots supplémentaires sont proposés en fin d’ouvrage, plus brièvement définis, et suivis d’un petit glossaire des termes techniques du dictionnaire.

L’ouvrage est très grand public, très aéré, avec des pleines pages dédiées à des punchlines flashy, en orange sur fond noir ou noir sur fond orange. Les pages sont agrémentées de formes et de traits libérés, montrant la fluidité de la langue, sa créativité hors des marges.

La préface d’Alain Rey vient asseoir la légitimité des mots et de la collecte, qui est bien celle d’une partie de la langue française, concrète et chaude.
— une chronique par Noé