qayna

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Français[modifier le wikicode]

Étymologie[modifier le wikicode]

De l’arabe قينة, qayna (« musicienne»). Le mot dérive du verbe تقين, taqayyana (« se faire une beauté, se pomponner »). Selon Les Cahiers de l’Orient, « à l’époque préislamique, la musicienne est appelée qayna, dénomination qu’elle conservera sur plusieurs siècles avant de lui substituer celle de alima qui a été francisée en almée. Grammaticalement qayna possède deux pluriels : qiyan et qaynât : il a été traduit par esclave-chanteuse. »[1]

Nom commun [modifier le wikicode]

Singulier Pluriel
qayna qaynas
\kaj.na\

qayna \kaj.na\ féminin

  1. Musicienne, almée.
    • L’effet de la chanson est ivresse, même sans boisson, nous le savons du reste, et la poésie ne peut prétendre à semblable effet sans l’aide d’une qayna ou d’un chanteur. Tel est le doux tourment qu’inflige le chanteur ou la chanteuse et que le poète lui envie, non sans s’efforcer à l’époque omeyade où nous sommes encore d’en capter le secret. — (Jean Claude Vadet, L’Esprit courtois en Orient : dans les cinq premiers siècles de l’Hégire, G.-P. Maisonneuve et Larose, 1968, p. 89)
    • Al-Isfahânî rapporte que le poète al-Nâbigha al-Dhubyânî avait employé des rimes fautives ikwâ et fut corrigé par une qayna. En effet, l’importance de la rime est due au fait qu’elle assure avec le mètre le côté musical de la poésie arabe. — (Institut des belles lettres arabes, IBLA : revue de l’Institut des belles lettres arabes, Volume 62, 1999, p. 179)
    • Al-Gâhiz, précurseur de nombreux moralistes, tel Ibn Hazm, mobilise le recours à la raison contre un désir transgresseur de l’ordre établi. Il prend pour cible principale la « qayna », musicienne et chanteuse érudite qui, par « sa libre présence au milieu des hommes fait courir de graves dangers à l’équilibre du croyant tel qu’entend le préserver la culture islamique ». — (Évariste Lévi-Provençal, Arabica, Volume 41, E. J. Brill, 1994, p. 164)
  2. Esclave de sexe féminin, généralement belle et très douée en art musical.
    • Séville, ville de la musique, tient un marché de vente des qiyyane : une qayna vaut mille dinars marocains, les plus merveilleuses coûtent plusieurs milliers de dinars. La qayna est vendue avec tout le registre de son répertoire. — (Rita El Khayat, La femme artiste dans le monde arabe, Ed° de Broca, 2011, p. 61)
    • Al-Gâhiz cite, dans l’un de ses écrits, le cas d’une qayna éthiopienne qui était estimée à 120 000 dinars, somme sûrement exagérée. Pour une esclave commune, le tarif habituel, au Caire, dans le courant du Ve/XIe siècle, était de vingt mille dinars. — (Floréal Sanagustin, Médecine et société en islam médiéval : Ibn Butlān ou la connaissance médicale au service de la communauté : le cas de l’esclavage, Geuthner, 2010, p. 59)
  3. (Par extension) Prostituée, courtisane.
    • […] l’alcool, le sexe et l’inspiration artistique se retrouvent tout au long de l’histoire des chanteuses et danseuses du monde arabo-musulman. La qayna, femme-fantasme et érudite, est souvent représentée offrant ses charmes à ses auditeurs et leur servant du vin ou toute autre boisson fermentée interdite. Cette célébration des sens est fortement dénoncée par la religion musulmane. Du même coup, les femmes dont la fréquentation est liée à la boisson, ont à encourir la même condamnation que celle qui porte sur l’alcool lui-même. — (Fanny Soum-Pouyalet, Le corps, la voix, le voile : Cheikhat marocaines, CNRS Éditions, 2007, p. 89)
    • On ne sait pas si la première Hyacenta était une danseuse mais elle s’est comportée comme la qayna dont al-Gâhiz dit que « la plupart du temps, elle manque de sincérité et met en œuvre perfidie et ruse pour épuiser la fortune de sa victime, puis elle l’abandonne». — (Samia Miossec, La ville et la femme dans l’œuvre de ʿAbd Al-Salām Al-ʿUĝaylī, ifpo, Institut français du Proche-Orient, 2008, p. 375)
    • Ces qaynàt ou qiyàn, sg. qayna, pouvaient être des chanteuses des femmes libres, ou des esclaves, cultivées et raffinées, ou des chanteuses de cabaret pour qui la prostitution était une activité marginale. — (Jacques Thiry, Le Sahara libyen dans l’Afrique du nord médiévale, Leuven, Belgique, 1995, p. 333)

Traductions[modifier le wikicode]

Références[modifier le wikicode]

  1. Cahiers de l’Orient, Numéros 13 à 14, Societé française d’édition et d’impression et de réalisation, 1989 p. 13