tournée des grands-ducs

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Français[modifier le wikicode]

Étymologie[modifier le wikicode]

(Date à préciser) Les grands-ducs russes en voyage à Paris à la fin du XIXe et au début du XXe siècle venaient régulièrement en voyage d’agrément dans la capitale française, et se rendaient de cabarets en lieux de plaisir de tous ordres. En effet, ces princes de la famille impériale étaient riches, désœuvrés et Paris avait en Russie, une grande réputation pour ses réjouissances artistiques, et pouvait être l’occasion de s’encanailler sans grand risque pour leur sécurité. Référence nécessaire
→ voir tournée et grand-duc

Locution nominale [modifier le wikicode]

tournée des grands-ducs \tuʁ.ne de ɡʁɑ̃.dyk\ invariable féminin

  1. (Désuet) Virée nocturne ou fête, au cours desquelles une ou plusieurs personnes de haut rang ou matériellement aisées pouvaient côtoyer des milieux populaires en principe infréquentables, de leur point de vue.
    • Jamais Antoine, au plus beau temps du Théâtre-Libre, n’a fait quelque chose de semblable, c’est d’un réalisme vrai qui vous donne froid dans le dos. Il y a au premier acte un bal-musette digne de la tournée des grands-ducs ! Au second, il y a une scène de viol qu’on dirait qu’il est consommé ! Et puis, tout le temps des batailles, des luttes à coups de couteau, des pochons, des surinages, c’est admirable et nouveau ! Dame ! je ne dis pas que les personnes à nerfs sensibles feront bien de se payer ce spectacle, mais les autres n·ont qu’une chose à faire, y aller, et elles ne regretteront pas le voyage, je le leur promets. — (X. X., chronique théâtrale « Choses et autres », consacrée à la pantomime Jean Mayeux, jouée au Bouffes-du-Nord. La Vie parisienne, n° ?, 7 janvier 1893, page 111.)
    • Le Bien-aimé ne détestait point, parait-il, de courir le guilledou, et s’il vivait aujourd'hui, la tournée des « grands-ducs », à en croire les auteurs, n’aurait évidemment plus de secrets pour lui ! — (Chronique « Les théâtres », consacrée à l’opérette Ramponette, de MM. Lénéka et Richard, sur une musique de MM. Baille et Sélim, jouée au théâtre des Menus-Plaisirs, et dans laquelle apparaît le personnage de Louis XV, déguisé en lieutenant. Le Matin, n° 4665, 6 décembre 1896, page 2.)
    • La tournée des Grands-Ducs, tel était le titre d’une pièce nouvelle que Meilhac avait commencée pour les Variétés.
      Titre aujourd’hui de circonstance car, après le grand-duc Wladimir, qui vint en huit jours entendre quatre fois
      Paris qui marche, – c’est le grand-duc Alexis qui applaudissait avant-hier pour la deuxième fois la brillante Revue des Variétés. — (Colin-Maillard, chronique « Propos de coulisses ». Gil Blas, n° 6594, 6 décembre 1897, page ?. Note : le chroniqueur fait allusion à la mort du dramaturge et librettiste Henri Meilhac, survenue le 6 juillet 1897.)
    • Il n’y a presque plus de bouges sérieux à Paris. La tournée des « grands-ducs » a fait disparaître ces repaires et en a changé le personnel. On sait qu’une des distractions favorites des grands-ducs de Russie Alexis et Vladimir, de passage à Paris, était de se faire promener par un inspecteur de la Sûreté – généralement l’agent Rossignol – dans les cabarets réputés suspects et pittoresques. — (Solness, « Les bouges ». Le Matin, n° ?, 29 août 1898, page 1.)
    • La tournée des grands-ducs comportait le Château-Rouge. C’était notre Lapin-Blanc[1].
      Ne vous y fiez pas. Encore qu’on arrêtât ici l’assassin Gamahut[2], ce bouge était truqué pour donner le trac. Les habitués étaient des manières de figurants. Le patron avait organisé une ingénieuse mise en scène. Frédéric Loliée[3] l’a définie d’un mot heureux : « C’est un attrape-pantes. »
      — ([non signé], chronique « Par-ci, par-là ». Le Voleur illustré : cabinet de lecture universel, 7 mai 1899, n° 2183, page 290.)

Notes[modifier le wikicode]

  1. Le « Lapin-Blanc » fait peut-être référence au cabaret du Lapin-Blanc, situé dans l'ancienne rue aux Fèves, sur l'île de la Cité, détruite au début des années 1860 pendant la construction des bâtiments de al préfecture de police de Paris.
  2. L’ « assassin Gamahut » se réfère probablement à l’assassinat, le 27 novembre 1884, de la veuve Ballerich par Adolphe Tiburce Gamahut, guillotiné le 24 avril 1885.
  3. Frédéric Loliée (1856-1915) était un journaliste et historien, qui a donné son nom à la rue Frédéric-Loliée, dans le 20e arrondissement de Paris.

Dérivés[modifier le wikicode]

  • faire la tournée des grands-ducs : locution verbale courante incluant le verbe faire, dont le sens a évolué par rapport à la locution nominale d’origine, la coloration d’encanaillement disparaissant au profit d’un sens désormais focalisé sur les dépenses somptuaires réalisées par les personnes participant à cette tournée.

Traductions[modifier le wikicode]

Références[modifier le wikicode]