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le char de l’État navigue sur un volcan

Définition, traduction, prononciation, anagramme et synonyme sur le dictionnaire libre Wiktionnaire.
Composé de char, État, naviguer et volcan.
Cette citation tirée de la comédie de Henry Monnier et Gustave Vaëz, Grandeur et décadence de Monsieur Joseph Prudhomme (1852, acte III, scène 3), acquit une telle célébrité qu’elle passa presque aussitôt dans le langage courant[1]. Reprise dès 1857 par Flaubert, dans Madame Bovary[2], elle reste un exemple de la sottise de certains discours officiels[3] et aussi de ce piège de la rhétorique qui se referme lorsque deux métaphores incompatibles se télescopent pour produire un effet à la fois comique et malencontreux.

Locution-phrase

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le char de l’État navigue sur un volcan \lə ʃaʁ də l‿e.ta na.viɡ sy.ʁ‿œ vɔl.kɑ̃\

  1. Célèbre coq-à-l’âne qui illustre le caractère prétentieux de certains discours officiels.
    • [À propos de la pièce Mademoiselle La Quintinie de George Sand] En ce moment, elle soulèverait des tempêtes et je ne suis pas d’avis de mettre des bâtons dans les roues du char de l’État, qui navigue, comme dit M. Prudhomme, sur un volcan. — (George Sand, lettre à Charles Edmond, décembre 1872, dans Correspondance, tome 6, C. Lévy, 1884, page 263)
    • Mais si mon oncle a pu, certain jour, paraître exagéré en disant que le char de l’État navigue sur un volcan, prophétique parole, cependant, et dont nous voyons, hélas ! la triste réalisation de nos jours, je dois dire de plus que ce bouleversement des habitudes et des aptitudes n’est pas sans donner au penseur un grave souci. — (Bertall, La Comédie de notre temps, E. Plon, vers 1875, page 340)
    • Le char de l’État navigue sur un volcan ! On le voit : dans toutes ces métaphores, le second terme de comparaison est remplacé par un coq-à-l’âne ; on peut donc les appeler des métaphores asino-gallines. — (Eugène Mouton, L’Art d’écrire un livre, de l’imprimer et de le publier, H. Welter, 1896, page 145)
    • « Le char de l’État est entravé dans les flots d’une mer orageuse », cela fut dit à la tribune, tandis que la phrase où ce même char « navigue sur un volcan » est une invention d’Henry Monnier : on voit combien elle était inutile. — (Remy de Gourmont, Esthétique de la langue française : la déformation, la métaphore, le cliché, le vers libre, le vers populaire, Mercure de France, 1899, pages 313-314)
    • Quand Michel-Charles rentre en France, le char de l'État, comme le veut une plaisanterie d'époque, navigue sur un volcan ; Louis-Philippe est à bout de souffle. — (Marguerite Yourcenar, Archives du Nord, Gallimard, 1977, page 159)
    • Henri Monnier, génie trop oublié, prête à son personnage de bourgeois sottement sentencieux, Joseph Prudhomme, ce propos mémorable : « Le char de l’État navigue sur un volcan. » Avec une métaphore plus cohérente, on a envie de dire aujourd’hui que ce char qui cahote court au chaos. — (Alain Rey, « Chaotiques cahots » dans Le Magazine littéraire, n° 506, 1er mars 2011)

Prononciation

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  • Somain (France) : écouter « le char de l’État navigue sur un volcan [Prononciation ?] »

Références

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  • [1] « char », dans TLFi, Le Trésor de la langue française informatisé, 1971–1994 → consulter cet ouvrage
  • [2] Dans la scène des comices agricoles, Flaubert fait parler un conseiller de préfecture qui évoque « ce roi bien-aimé à qui aucune branche de la prospérité publique ou particulière n’est indifférente, et qui dirige à la fois d’une main si ferme et si sage le char de l’État parmi les périls incessants d’une mer orageuse ». — Madame Bovary, 2e partie.
  • [3] Dans les discours officiels, on a également relevé par exemple « le vaisseau de l’État emporté sur un volcan par les chevaux de l’anarchie » ainsi que cette phrase d’Alphonse Karr : « L’horizon politique se couvre de nuages, que ne pourra peut-être pas renverser l’égide du pouvoir qui tient d’une main mal affermie le gouvernail du char de l’État. » — Roger Alexandre, Le Musée de la conversation : répertoire de citations françaises, dictons modernes, curiosités littéraires, historiques et anecdotiques, E. Bouillon, Paris, 1897, p. 84.