Annexe:Prénoms et noms de famille en français

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Les Romains avaient trois noms : le prénom (praenomen) qui désignait l’individu ; le nom (nomen) qui distinguait la gens ou race à laquelle l’individu appartenait ; et le cognomen, qui marquait la branche, la famille ; quelquefois à ces trois noms s’en joignait un quatrième : le surnom (agnomen), tiré d’une action remarquable ou de quelque circonstance extraordinaire : ainsi Publius Cornelius Scipio Africanus.

Chez les nations modernes, l’individu porte généralement deux noms : le nom de famille et le nom de baptême ; ce dernier est le nom ou prénom donné à l’enfant soit lorsqu’il est présenté aux fonts baptismaux, soit lorsqu’est dressé son acte de naissance. Pendant longtemps, au moyen-âge, on désigna les individus seulement par leur nom de baptême, auquel on ajoutait celui du père : ainsi l’on disait « Jean fils de Pierre » ou « Jean-Pierre » ; beaucoup de noms ainsi formés sont devenus des noms de famille.

De ces manières de nommer les personnes résultait une grande confusion, car un nombre considérable de personnes se trouvaient avoir les mêmes noms : afin d’y remédier on a adopté l’usage des noms de famille héréditaires, qui furent introduits en Europe du 10e au 12e siècle.

Quelques nobles se bornèrent à prendre leur prénom pour nom de famille ; mais la plupart ajoutèrent à leur prénom le nom de leur fief ou de leur principal manoir : c’est ainsi que se formèrent les noms composés comme Jacques de Bourbon, Godefroy de Bouillon, Jean d’Armagnac, etc.

Les gens qui ne possédaient ni fiefs ni domaines, tirèrent leur nom de leur profession, de leur pays d’origine, de quelque caractère physique ou moral, de quelque circonstance de localité, d’un sobriquet transmis de père en fils, enfin d’une variété infinie de particularités, dont il serait difficile de retrouver l’origine.

Le nom de famille ou patronymique est une propriété de la famille qui le porte ; et la preuve de cette propriété se fait au moyen des actes de l’état civil et de la génealogie des personnes. La perpétuité et l’invariabilite des noms de famille sont devenues d’une importance essentielle pour la stabilité et la régularité de l’ordre civil dans les États modernes : car ces noms sont le moyen le plus sûr non seulement pour constater l’identité des individus, mais pour déterminer leur filiation et leur état civil. Aussi des lois établissent-elles des règles spéciales pour les changements ou même les rectifications de noms. En général, il faut un décret du gouvernement pour être autorisé à changer de nom, et un arrêt de l’autorité judiciaire pour rectifier un nom inexact ; tout changement, toute modification de nom faite sans autorisation est passible de peines édictées par la loi.

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(Charles Calvo, Dictionnaire manuel de diplomatie et de droit international public et privé, A. Rousseau, éditeur, Paris, 1885)

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Ils [les Romains] prennent souvent deux, trois, et jusqu’à quatre noms : nomen, prænomen, cognomen et agnomen.

Le nom, nomen, était, comme il est encore, le nom d’une maison, commun à tous les membres d’une même souche, et se terminait ordinairement en ius. Il dérivait quelquefois du prénom, prænomen […] Le prénom, prænomen, était personnel à celui qui le portait, à peu près comme nos noms de baptême, avec cette différence que, au lieu de varier à l’infini, l’on n’en comptait qu’une trentaine qui, dans le principe, avaient une signification particulière. […] Le surnom, cognomen, servait à indiquer à quelle branche, familia, de la maison, gens, on appartenait. Ce surnom était ordinairement terminé en us, quelquefois en o ou en or, et jamais en ius. […] Le surnom était ordinairement choisi ou imposé par le peuple, ou bien accordé comme un titre d’honneur voté par le Sénat. Aussi devenait-il souvent d’un usage exclusif, au point de faire oublier le nom et le prénom.

La seconde espèce de surnom, agnomen, indiquait ordinairement une subdivision d’une famille très-nombreuse, ou une action éclatante, ou une adoption. Dans le 1er cas, il se tirait des mêmes objets que le surnom, cognomen, et s’en distinguait en se mettant après. Dans le 2e cas, il se terminait en icus, anus ou a, comme Asiaticus, Coriolanus, Messala. Dans le 3e cas, il finissait en ianus et s’ajoutait au radical de l’ancien nom ; par exemple, le fils de Paul-Émile, adopté par Scipion, s’appela P. Cornelius Scipio Æmilianus. […]

À la suite de l’occupation romaine, les peuples germaniques introduisirent de nouveaux noms propres dans la Gaule, noms qui ont également une signification radicale. Nous en citerons quelques-uns : Mérovée, Mero wig, signifie éminent guerrier ; Childéric, Hilde-rik, — brave au combat ; Clodomir, Hlodo-mir, — chef célèbre ; Landri, Land-rik, — puissant dans le pays ; Ébroïn, Ebro-win, — vainqueur en rapidité ; Robert, Rod-bert, — brillant par la parole ; Raoul, Rad-ulf, — prompt au secours, etc.

Ce genre de noms se conserva pendant la première race de nos rois, et même pendant les premières années de la seconde. On en rencontre beaucoup d’autres dont la signification est perdue ou a été défigurée par diverses altérations.

Jusqu’à Charlemagne on ne porta qu’un nom. C’est à ce souverain qu’il faut faire remonter l’origine des surnoms français, qui se multiplièrent peu avant la fin du XIe siècle. Alors, les familles nobles commencèrent à prendre des surnoms de leurs terres principales. Ces surnoms se plaçaient ordinairement, dans les actes publics, au-dessus du nom en interligne ; de là leur qualification de surnom. C’est ainsi qu’on eut des noms composés, comme Philippe de Bourgogne, Jean de Bretagne, Archambault de Périgord, Matthieu de Montmorency, etc. Les gens de lettres tirèrent ce surnom du lieu de leur naissance, tels que Guillaume de Tyr, Guillaume de Jumiéges, etc. Quant à la multitude, elle continua à se prévaloir d’un seul nom, qui était le nom de baptême ; mais comme un grand nombre de personnes portaient un nom semblable, on en vint à ajouter le nom de leur père et de leur mère, afin de les distinguer entre elles, par exemple : Jean, fils de Pierre et d’Adélaïde ; Berthe, fille de Nicolas et de Simone, etc. Mais si cette coutume offrait l’avantage d’établir la filiation, elle avait l’inconvénient d’allonger les dénominations. Alors vint l’usage de joindre au nom de baptême un mot caractéristique emprunté aux choses sensibles, lequel finit par devenir un nom patronymique et resta aux familles. C’est ainsi que la plupart des noms actuels ne sont que des sobriquets qui se rapportent aux dignités, aux professions, au pays d’origine, aux lieux d’habitation, aux qualités personnelles de ceux qui les ont transmis à leurs descendants.

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(J.-E. Decorde, Origine des noms propres, Le Magasin normand, 3e année, no 1, 15 mai 1865)