abandonnement
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Sommaire |
Français
Étymologie
Composé à partir du mot français abandon, a-ban-donnement, comporte :
- 1. Le a privatif
- 2. Le vieux mot français bandon : permission, liberté, possession, comportant lui-même
- a. Un préfixe germanique, ban : proclamation, bannière
- b. puis don, donner, du grec didomai : donner avec l’idée de don volontaire, mais aussi livrer comme on dit livrer quelqu'un aux chiens.
Le nom commun constitue ainsi :
- un nom d’action : délaissement entier de quelque chose au profit de quelqu'un (par exemple de tous les biens d’un débiteur à un créancier) ou délaissement de toutes les règles morales (dérèglement sans fin). En ce sens qui a vieilli, le mot abandonnement ne fait que renforcer l’action d’abandon qu’il stigmatise comme étant entière.
- un nom d'état où se trouve une personne ou une chose délaissée, sens dans lequel il est repris par les psychologues d’aujourd'hui.
- un nom à la fois d’action et d'état, une vertu théologale : la résignation.
Nom commun
| Singulier | Pluriel |
|---|---|
| abandonnement /a.bɑ̃.dɔn.mɑ̃/ |
abandonnements /a.bɑ̃.dɔn.mɑ̃/ |
abandonnement masculin Abandon entier. Les deux mots sont à peu près synonymes, si ce n’est que le délaissement désigné par abandonnement est entier, total. 1) nom d’action : Délaissement de biens ou de personnes A) Au sens juridique: Cession de biens (Droit) En notariat, attribution, à chacune des parties qui sont dans l’indivision, de certains biens ou de certaines valeurs pour les remplir de leurs droits dans le partage ou dans la liquidation.
- L'abandonnement de ses biens à ses créanciers.
a) Droit pénal On disoit être reçu à abandonnement être admis à céder ses biens, pour se délivrer de prison. On lit " jurer et accorder à non vouloir être reçu à abandonnement, " ce qui signifie la renonciation au bénéfice de cession. " Nul homme n’est tenu prisonnier pour debte de garde et commande, supposé qu’il ait juré et accordé à non vouloir estre reçu à abandonnement qu’il ne soit mis hors, s’il veult abandonner, ne le serment ne lui nuira, car autrement sembleroit qu’il fut obligé de mourir. " (Gr. Coutum. de Fr. liv. II, p. 124.) C’est-à-dire que le prisonnier détenu pour dette de garde et commande, doit être élargi, s’il offre de céder ses biens ; et quand même il auroit renoncé par serment au bénéfice de cession, son serment ne lui pourra être opposé. La Curne de Sainte-Palaye b) Droit civil Délaissement, cession de biens, de terres, &c. Desertio, derelictio. L’héritier bénéficiaire est déchargé envers les créanciers par l’abandonnement des biens de la succession. G. G. L’abandonnement d’héritages n’est pas semblable au déguerpissement : car l’abandonnement d’héritages se fait par le tiers détenteur assigné en déclaration d’hypothèque, pour s’exempter de payer la dette à laquelle l’immeuble qu’il possède est hypothéqué. Le déguerpissement au contraire ne se doit faire par le détenteur que lorsqu'il ne veut point reconnoître le cens, ou passer titre nouveau d’une rente foncière, & d’autres charges réelles de pareille nature. Voyez Loyseau, de la Distinction des Rentes, Liv. I. L’abandonnement de biens rend un homme quitte envers ses créanciers, sans qu’ils puissent rien prétendre aux biens qu’il pourroit acquérir dans la suite. c) Droit maritime Abandonnement est aussi un contrat maritime qui se fait lors qu’un marchand, ou autre particulier, à qui appartiennent des marchandises chargées sur un vaisseau, les abandonne au profit de l’assureur. (Trévoux 1743-1752) B) Au sens de délaissement de personnes
- XIIIe s. Ses escus ert [était] moult renommés ; Despit de mort estoit nommés ; Bordés fu d’abandonnement à tous perils…, la Rose, 15743.
- XVe s. Au mois de janvier fut publié parmi Paris l’abandonnement de toutes gens d’armes qui seroient trouvés sur les champs, JUVÉNAL DES URSINS, 1415.
c) Au sens moral de péché
- Déréglement excessif dans la conduite, dans les mœurs. (Académie)
- Action de s’abandonner, de se laisser aller, de se livrer avec trop de facilité.
-
- Il avait pour elle une tendresse qui allait jusqu’à l’abandonnement de toute volonté.
- Les fautes de ce prince résultèrent de son entier abandonnement à d’indignes favoris. (Dictionnaire de l’Académie)
- Votre abandonnement à la boisson vous perdra.
- Il signifie, Débauche, prostitution, quand il est mis sans régime.
- Votre abandonnement à une passion funeste.
- Votre abandonnement à d’infâmes passions qui corrompent le sang, VOLT. Jenni, 9 (Littré)
- Pris absolument. Déréglement excessif dans la conduite, dans les moeurs. Vivre dans le dernier abandonnement.
- Le funeste abandonnement où il vit, BOURD. Domin. IV, Désir et dégoût, 380
- Tant d’emportements honteux ! tant de faiblesse et d’abandonnement ! lui qui s'était piqué de raison, d'élévation, de fierté devant les hommes, MASS.
- Mort du pécheur. Quand il s’agit de retourner à votre Dieu et de réparer une vie entière de corruption et d’abandonnement, ID. Car. Pécheresse.
- Ce degré d’abandonnement qui fait les âmes égarées et criminelles, ID. ib. Tiédeur.
- Un abandonnement qui ne connaît plus ni règle, ni pudeur, ni bienséance, ID. Paraph. Psaume 13.
- Votre coeur que vous avez prostitué avec tant d’abandonnement aux créatures, ID. ib. Psaume 14.
2) Etat d’une personne qui est abandonnée Il signifie encore l'état d’une personne dont le monde s'éloigne.
- Dans la désertion, & l’abandonnement général de ses amis, il se livre tout entier aux chagrins & aux réflexions de la solitude. S. Evr. (Trévoux 1743-1752)
- Si je rejette votre offre, je me retrouve dans le complet abandonnement.
- Vivre dans le dernier abandonnement.
- Dans l’abandonnement où il est de tous ses amis.
- Ne tenir nul compte du triste abandonnement où votre inflexible roideur le précipite, BOURD. Pensées, t. II, p. 129.
- L’entier abandonnement de sa personne entre les mains de ses supérieurs pour sa laisser conduire selon leur gré et selon leurs vues, ID. ib. p. 367.
- On me fait les offres les plus engageantes ; et, si je les rejette, me voilà dans le dernier abandonnement et dans la dernière misère, ID. ib. t. I, p. 19.
- Vous devriez vous attendre, de la part du ciel, à un funeste abandonnement, ID. ib. t. II, p. 461.
- L’abandonnement le plus général qui me réduirait dans la dernière misère, ID. ib. t. I, p. 291.
- L’abandonnement où sont tous ceux qui manquent de fortune, LA MOTHE LE VAYER, p. 315.
- Dans l’abandonnement où je me suis trouvée, MOL. Scapin, III, 9.
- Cet abandonnement de sa propre cause, BOURD. Carême, III, Passion, 181.
- Il tombe dans un affreux abandonnement de la part de Dieu, ID. Pensées, t. III, p. 361.
- L’abandonnement des pauvres, FLÉCH. Serm. I, 112.
- Dans l’abandonnement et la disette, ID. I, 183.
- La reine l’avait aimée [la duchesse de Marlborough] avec une tendresse qui allait jusqu'à la soumission et à l’abandonnement de toute volonté, VOLT. S. de L. XIV, chap. 22.
- Le pécheur est dans un grand abandonnement, lors qu’il ne sent plus de remords. (Trévoux 1743-1752)
En ce sens il a été proposé pour traduire l'état d’abandon dans lequel se trouve le nourrisson pour traduire l’allemand Hilflosigkeit. 3) A la fois nom d’action et nom d'état : Résignation Il se met aussi pour résignation, vertu par laquelle nous nous remettons de tout entre les mains & à la conduite de Dieu.
- Il prendra soin d’entretenir les malades dans un saint abandonnement à la Providence de Dieu. (Académie)
- A moins d’un abandonnement entier dans la main de Dieu, la vie se passe dans le mécontentement & dans l’amertume, Ab. d. l. Tr. (Trévoux 1743-1752)
Synonymes
L’abandonnement, l’abdication et la renonciation se font, le désistement se donne, la démission se fait et se donne. On fait un abandonnement de ses biens, une abdication de sa dignité et de son pouvoir, une renonciation à ses droits et à ses prétentions, une démission de ses charges, emplois et bénéfices ; et l’on donne un désistement de ses poursuites. Il vaut mieux faire un abandonnement d’une partie de ses revenus à ses créanciers, que de laisser saisir et vendre le fond de son bien. Quelques politiques regardent l’abdication d’une couronne comme un effet du caprice ou de la faiblesse de l’esprit, plutôt que comme une grandeur d'âme. Les lois et la justice maintiennent les renonciations des particuliers ; mais celles des Princes n’ont lieu qu’autant que leur situation et leurs intérêts les empêchent d’en appeler à la force des armes. L’amour du repos n’est pas toujours le motif des démissions, le mécontentement ou le soin de sa famille en est souvent la cause. Certains plaideurs de profession ne se mêlent des procès et n’y interviennent, que pour faire acheter leur désistement. Il ne faut abandonner que ce qu’on ne saurait retenir, abdiquer que lorsqu'on n’est plus en état de gouverner, renoncer que pour avoir quelque chose de meilleur, se démettre que quand il n’est plus permis de remplir ses devoirs avec honneur, et se désister que lorsque ses poursuites sont injustes ou inutiles, ou plus fatigantes qu’avantageuses. (G.) (Dictionnaire des synonymes de Guizot)
Dérivés
Traductions
- anglais : abandonment (en), desertion (en)
- grec : παράτημα (el), παραμέληση (el)
- allemand : s’adonner à sich hingeben (de), abandon amoureux verliebte Hingabe (de), dévouement Hingebung (de), délaissement Verlassenheit (de), renoncement Verzicht (de), vacance Aufflasung (de), détresse Hilflosigkeit (de).
Prononciation
Références
Modèle:R:Académie ; Jean-Baptiste de La Curne de Sainte-Palaye, Dictionnaire historique de l’ancien langage françois (1875), Modèle:R:Trevoux, Littré, Dictionnaire de la langue française (1872-1877) ; Modèle:R:Guizot ; Modèle:J.-Ch. Laveaux (2e éd. 1828)

