muscadin

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Français[modifier le wikicode]

Étymologie[modifier le wikicode]

(Nom commun 1) (1793, vers 1750 à Lyon) Emprunt par métonymie au nom du muscadin (pastille ou dragée aromatisée au musc), le parfum musqué, signe d’élégance, ayant été associé au cours du XVIIIe siècle à l’excès de raffinement des petits maîtres[1]. Ce mot utilisé pour désigner un type de personnage, attesté à Lyon vers 1750 (« muscadin, n, m. : faire le petit muscadin, le petit maître, le musqué »[2]), était employé par les canuts comme sobriquet des commis de magasin, représentants de la Fabrique[3]. En 1793, les Jacobins l’empruntèrent pour l’appliquer aux défenseurs du siège de Lyon par les armées de la Convention, et le généralisèrent rapidement aux adversaires de la Révolution (ou supposés tels) : royalistes, conscrits qui ne répondaient pas à l’appel, accapareurs de ressources et « traîtres » qui insultaient par leur faste exubérant la misère publique[1].
(Nom commun 2) (XVIIe siècle) Altération de muscardin (XVIe siècle), emprunté à l’italien moscardino (même sens), lointainement dérivé du latin muscus (« musc »). Des disputes eurent lieu au cours du XVIIe siècle sur la forme la mieux admissible du mot, muscardin ou muscadin. Dans une lettre adressée en 1637 à Jean Chapelain, Guez de Balzac défendit ainsi muscardin au nom de l’exactitude étymologique et de l’usage :
  • L’Usage est pour Muscardins, bien que l’oreille soit pour Muscadins. Mais ici comme ailleurs, l’Usage doit tout régler, & de plus, l’origine étant italienne, quel droit avons-nous d’ôter une lettre d’un mot qui n’est pas de notre juridiction ? — (Jean-Louis Guez de Balzac, Lettres familières de M. de Balzac à M. Chapelain, Louis & Daniel Elzevier, Amsterdam, 1661, lettre XXXI du 6 novembre 1637, page 97)
Le salon de l’Hôtel de Rambouillet (fréquenté par Guez de Balzac) vit s’opposer les partisans de muscadin et ceux de muscardin[4]. Vincent Voiture ridiculisa ces derniers par cette épigramme :
  • Au siécle des vieux Palardins
    Soit Courtisans, Soit Citardins,
    Femmes de Cour, ou Citardines,
    Prononçaient toujours Muscardins,
    Et Balardins, & Balardines ;
    Même l’on dit qu’en ce temps-là
    Chacun disait rose muscarde ; [...]
    [4]
L’Académie française trancha finalement en décidant d’inscrire muscadin dans son dictionnaire[5].

Nom commun 1 [modifier le wikicode]

Singulier Pluriel
muscadin muscadins
\mys.ka.dɛ̃\
Muscadin attendant la marée qui doit ramener le navire sur lequel se trouvera peut-être le roi, dessin d’Henriot, 1899 (1)

muscadin \mys.ka.dɛ̃\ masculin (équivalent féminin : muscadine)

  1. (Histoire) Mot de la Révolution française utilisé sous la Convention (1793) pour stigmatiser les contre-révolutionnaires ou supposés tels, puis appliqué à partir de la réaction thermidorienne (fin 1794) à la « jeunesse dorée » antirépublicaine, caractérisée par son élégance excentrique.
    • Hier, un homme, connu par son patriotisme, passait dans le palais de la Révolution, qui est le repaire des agioteurs. Il entendit six jeunes gens, je dirai plutôt des muscadins, ce nom qu’une jeunesse orgueilleuse s’est fait donner, et qui attestera à la postérité, qu’il a existé en France, au milieu de sa révolution, des jeunes gens sans courage et sans patrie. — (Bertrand Barère, Intervention à la Convention, séance du 5 septembre 1793, in Histoire parlementaire de la Révolution française, tome 29, Philippe-Joseph-Benjamin Buchez, Roux-Lavergne, 1836, page 44)
    • — Bon ! dit le chef de la patrouille, et qui me répondra de toi, monsieur le muscadin ?
      — Danton. Cela te va-t-il ? est-ce un bon patriote, celui-là ?
      — (Alexandre Dumas, Les Mille et Un Fantômes, 1849)
    • Les incroyables et les muscadins, qui furent les élégants et les raffinés de la jeune génération, étaient arrivés à défigurer la parole, en imitant une sorte de gazouillement d’oiseau. Les femmes agrémentaient cette espèce de gamme susurrante, avec des soupirs, des intermittences dans la voix, des demi-sourires et des roulements d’yeux languissants. Les hommes, qui affectaient de prendre, en parlant, les poses les plus nonchalantes, émaillaient leurs discours de « paole d’honneu » et de « je vous zu-e ». — (Paul Lacroix, Directoire, Consulat et Empire : mœurs et usages, lettres, sciences et arts, France, 1795–1815, Librairie de Firmin-Didot et Cie, Paris, 1885, deuxième édition)
  2. (Par extension) (Désuet) Petit-maître, homme qui affecte beaucoup d’élégance dans sa mise.
    • Je ressemblais plutôt à un Esquimau qu’à un Français moi qui jadis passais pour le plus joli des muscadins. — (Honoré de Balzac, Le Colonel Chabert, 1844)
    • Il y eut un dîner à mourir d’ennui tant ces gens firent de salamalecs ; ils avaient avec eux leur fils, un muscadin, un pisse-vinaigre en perruque. — (Italo Calvino, Le Baron perché, 1957, traduit de l’italien par Juliette Bertrand, 1959, p. 103)

Vocabulaire apparenté par le sens[modifier le wikicode]

Traductions[modifier le wikicode]

Nom commun 2[modifier le wikicode]

Singulier Pluriel
muscadin muscadins
\mys.ka.dɛ̃\

muscadin \mys.ka.dɛ̃\ masculin

  1. (Désuet) Pastille ou dragée aromatisée au musc, utilisée surtout aux XVIe et XVIIe siècles pour masquer la mauvaise haleine.
    • Que peut être cette bouche, qui de son haleine (disent-ils) embaume tous ceux qui l’approchent, qu’ils appellent l’organe du bien dire, le séjour des graces & des charmes, le Palais où se plaident les arrêts de leurs prétention & où se prononcent les sentences de leurs félicités ? Qu’est-ce qu’un tuyau de mensonge, une voûte relante de mille infections, sujette aux eaux d’ange & d’orange, au muscadin, & autres drogues pour corriger leurs sales défauts, & pour tromper l’imprudence des plus crédules ? — (Polycarpe de La Rivière, Angélique - Des excellences et perfections immortelles de l’âme, Lyon, 1626, page 572)
    • Muscadins. Prenez de la pâte dont on fait les pets de putain, faites des boules comme des poix, mettez-les sur du papier, faites-les cuire au four à feu médiocre , & mêlez du musc dans votre pâte. — (Jean Goulin, Le confiturier françois, N. Oudot, 1664, page 79)
    • Votre haleine seule suffit à faire croire que vous êtes d’intelligence avec la mort, pour ne respirer que la peste ; & les Muscadins ne sauraient empêcher que vous ne soyez par tout le Monde en fort mauvaise odeur. — (Savinien de Cyrano de Bergerac, Contre Soucidas, in Les oeuvres diverses de M. Cyrano de Bergerac, J.-B. Besongne, 1678, page 121)

Synonymes[modifier le wikicode]

Traductions[modifier le wikicode]

Adjectif [modifier le wikicode]

Singulier Pluriel
Masculin muscadin
\mys.ka.dɛ̃\
muscadins
\mys.ka.dɛ̃\
Féminin muscadine
\mys.ka.din\
muscadines
\mys.ka.din\

muscadin \mys.ka.dɛ̃\

  1. Relatif aux muscadins.
    • Aussi en apprenant votre décret, l’aristocratie et la gent muscadine ont-elles frémi : elles voyaient que désormais elles ne pouvaient plus dominer sept jours de suite, et que le peuple paraissant une fois seulement dans les assemblées politiques, leur astuce et leur perfidie seraient bientôt déjouées. — (Maximilien de Robespierre, Intervention à la Convention nationale, séance du mardi 18 août 1793, Le Républicain françois, 19/09/1793, page 2)
    • Tercier se fait cueillir comme un débutant, au café de Valois, sous les galeries du Palais-Royal, rendez-vous ordinaire de l’opposition muscadine. — (Anne Bernet, Histoire générale de la chouannerie, Perrin, 2000)

Traductions[modifier le wikicode]

Voir aussi[modifier le wikicode]

  • muscadin sur l’encyclopédie Wikipédia Wikipedia-logo-v2.svg

Références[modifier le wikicode]

  1. a et b Jean-Alexandre Perras, La Réaction parfumée : les « petits musqués » de la Révolution, Littérature n° 185, Armand Colin, mars 2017
  2. Anne-Marie Vurpas, Le français parlé à Lyon vers 1750, Édition critique et commentée de J. G. Du Pineau, Klincksieck, 1991, page 168
  3. Claude Riffaterre, L’origine du mot muscadin, La Révolution française, tome 56, 1909, pages 385-390
  4. a et b Paul Pellisson, Histoire de l’Académie française depuis son établissement jusqu’en 1652 (1853), Jean-Baptiste Coignard fils, 1729, pages 135-136
  5. Le dictionnaire de l’Académie françoise, Jean-Baptiste Coignard, 1694, tome 2, page 104