génie

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Voir aussi : genie, -génie

Français[modifier]

Étymologie[modifier]

(1532), sous la plume de Rabelais. Du latin genius (« démon tutélaire qui préside à la conception, donc à la destinée d’un homme, génie »). Le mot, selon certains, est issu d’une racine de l’indo-européen commun (voir le grec ancien γεννάν, gennán (« générer », « former ») qui a donné géniteur, génération, genèse, génital, progéniture, gens, gène, etc. Néanmoins l'opinion la plus établie est que ce mot, latin ou français, dérive plutôt de l’arabe جن, jinn[1][2][3][4][5] [6] [7].
  • Le mot génie n'apparaît en français qu'avec la Renaissance — première attestation connue sous la plume de Rabelais, en 1532 —, il est transplanté du latin : genius. C'était le nom, tiré de genus, generis (qui a donné le français « genre »), d'une divinité qui présidait à la generatio d'un être vivant et à sa naissance. [...] Puis, sous l'Empire romain, le mot sort du domaine surnaturel pour embrasser les qualités spécifiques, morales et intellectuelles, d'un être humain [...]. En français, autrement qu'en d'autres langues, le mot génie va osciller d'un domaine à l'autre, d'une valeur religieuse à une caractérisation psychologique [...]. [...] C'est une nébuleuse, en partie actualisée, en partie virtuelle, qui entoure le mot et l'idée de « génie », lorsque, au XVIIe siècle, on l'applique aux langues, et parmi elles au français. Nébuleuse où s'expriment, au-delà d'une nature propre, la vitalité, la spécificité d'un sujet, l'inspiration divine ou naturelle, la créativité, enfin des aptitudes supérieures — on qualifie de « génie » une personne exceptionnelle, un grand créateur, à partir du règne de Louis XIV. Les sens antérieurs du mot s'en trouvent fortement valorisés, impliquant non plus une spécificité quelconque, mais une supériorité hiérarchique. (Alain Rey, L'Amour du français, Denoël, 2007, p. 109-110)
  • Commentant l'altération de sens subie en français ou dans d'autres langues romanes par le mot arabe جن 'jinn' (plus souvent orthographié djinn), Bernard Picart écrit:« Les Mahométans reconnaissent trois sortes d'intelligences subalternes; des Anges essentiellement bons et confirmés en grâce pour toujours; des Démons essentiellement mauvais, déchus de la grâce de Dieu et livrés éternellement aux supplices de l'enfer; et des Génies qui tiennent une espèce de milieu entre les bons et les mauvais [...] mais que les traducteurs confondent toujours [...], il s'agit des Génies proprement dits,[...] duquel le Genius des Latins est visiblement dérivé, et par conséquent notre mot français. Pourquoi falsifier le Texte arabe si mal à propos ? Pourquoi user d'une supercherie si grossière ? »[1]

Nom commun[modifier]

Singulier Pluriel
génie génies
\ʒe.ni\

génie \ʒe.ni\ masculin

  1. (Mythologie) Esprit ou démon qui, selon l’opinion des anciens, présidait à certains lieux, à des villes, etc. — Note : Il se dit aussi des gnomes, des sylphes, des ondins et autres personnages fantastiques, qu’on trouve dans les traditions populaires et dans les contes de fées.
    • Quand les temps sont durs et que la souffrance risque de dépasser ses forces de résistance, le paysan ira rendre visite au génie protecteur du village, petit monstre hilare ou grimaçant et barbouillera prudemment ses lèvres gourmandes des restes d'un pot d'opium ? […]. (Albert Gervais, Æsculape dans la Chine en révolte, Gallimard, 1953, p.20)
  2. Entité magique bonne ou mauvaise ayant une influence sur la destinée.
    • Bon génie. Mauvais génie. Génie familier. C’est votre bon génie qui vous a inspiré ce dessein.
  3. (Par extension) Personne qui par ses conseils ou ses exemples influe sur la vie d’une autre.
    • Cet homme fut son mauvais génie. – Sa sœur fut son bon génie.
  4. (Familier) Talent inné et exceptionnel d’une personne.
    • Avoir du génie pour les affaires, pour la poésie. Avoir le génie de la peinture, de la musique, etc.
  5. (Par extension) Personne douée d’un talent exceptionnel dans un domaine.
    • Ce joueur d’échec est un génie !
    • John McEnroe est un génie du tennis.
    • Voilà le point central : ce que le clergé littéraire ou intellectuel ne supporte pas, dans sa médiocrité « manquant de force et d’haleine », c’est que la perfection aille directement au public, qu’il y ait donc une alliance naturelle entre le génie et le peuple. (Philippe Sollers, Éloge de l’infini, Gallimard, p. 436)
  6. (Par extension) Qualité des esprits supérieurs qui les rend capables de créer, d’inventer, d’entreprendre des choses extraordinaires, etc.
    • À soixante-douze ans, il avait spéculé sur les cotons, en croyant au génie de Napoléon, sans savoir que le génie est aussi souvent au-dessus qu’au dessous des événements. (Honoré de Balzac, Modeste Mignon, 1844)
    • Les hommes qui ont reçu une éducation primaire ont, en général, la superstition du livre, et ils attribuent facilement du génie aux gens qui occupent beaucoup l'attention du monde lettré ; […]. (Georges Sorel, Lettre à Daniel Halévy, 15 juillet 1907, dans Réflexions sur la violence, 1908)
    • Le génie de la Résistance, c'est d'avoir su conjoindre, face à une même urgence historique, toutes les forces spirituelles de ce pays. (Jean-Louis Crémieux-Brilhac, « Ce qui reste du gaullisme, c'est un sens aigu du social », dans Marianne, 12 juin 2010)
  7. Caractère propre et distinctif.
    • Le génie d’une nation, d’un peuple. – Chaque peuple a son génie. – Le génie de la langue française est la clarté.
    • Si tu t’exerces à vivre seulement ce que tu vis, c’est-à-dire le présent, tu pourras vivre tout le temps qui te reste jusqu’à la mort en le passant dans le calme, dans la bienveillance et l’amabilité envers ton génie. (Paul Guimard, L'Age de Pierre, Grasset, p. 131)
    • Rien n’est plus intéressant que de comparer des
      traductions en vers ; elles révèlent à la fois le
      génie de la langue traduite et celui des langues
      dont se sont servis les traducteurs.
      (Salomon Reinach, Cornélie, ou Le latin sans pleurs, 1912)
  8. Allégorie, personnification des arts, de la science, de l’industrie, d’une idée abstraite.
    • Le génie de la Liberté. – Le génie de la Bastille.
  9. (Militaire) Art de fortifier, d’attaquer, de défendre une place, un camp, un poste.
    • Le génie militaire.
  10. (Par extension) Corps des officiers des soldats qui font l’application de cet art.
    • Le génie est représenté dans l'armée marocaine par un petit corps d’ingénieurs (mohendisîn), dont la fonction principale et à peu près unique est de précéder les corps expéditionnaires et de choisir l'emplacement des campements. (Frédéric Weisgerber, Trois mois de campagne au Maroc : étude géographique de la région parcourue, Paris : Ernest Leroux, 1904, p. 87)
    • Le génie veut des fortifications partout, non seulement dans l'Est, où le nécessaire est fait, mais jusque sur les côtes. Pourquoi? (Joseph Caillaux, Mes Mémoires, I, Ma jeunesse orgueilleuse, 1942)
  11. Domaine de connaissance lié à une technique.
    • Génie génétique. – Génie mécanique.

Dérivés[modifier]

Synonymes[modifier]

Traductions[modifier]

Traductions à trier[modifier]

Anagrammes[modifier]

Prononciation[modifier]

  • France  : écouter « génie [ʒe.ni] »

Voir aussi[modifier]

Références[modifier]