honte
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[modifier] Français
Étymologie
- Du francique *haunita ou *hauniþa, « dédain, mépris, raillerie » (→ voir honnir) (cf. vieux saxon hōnitha, hōnithia « déshonneur », moyen néerlandais hoonde, même sens) ; la forme latinisée haunitas est attestée dans les Gloses de Reichenau (VIIIe siècle).
Nom commun
| Singulier | Pluriel |
|---|---|
| honte | hontes |
| (h aspiré)/ɔ̃t/ | |
honte féminin
- (Désuet) Déshonneur, opprobre, humiliation (ce qui est le sens étymologique et ancien).
- Se plaindre est une honte et soupirer un crime. — (Pierre Corneille, Hor., IV, 4)
- La gloire d’une mort qui nous couvre de honte. — (Pierre Corneille, Pomp., II, 2)
- Mais pour braver Marcelle et m’affranchir de honte, Il est une autre voie et plus sûre et plus prompte. — (Pierre Corneille, Théodore, III, 3)
- Dans la nuit du tombeau j'enfermerai ma honte. — (Jean Racine, Iphig., II, 1)
- J'ai déclaré ma honte aux yeux de mon vainqueur. — (Jean Racine, Phèdre, III, 1)
- Déjà de sa présence [de Phèdre] avec honte chassée,
Dans la profonde mer Œnone s’est lancée. — (Jean Racine, ib., V, 5) - Il y aurait de la honte à m’abandonner. — (François de Salignac de la Mothe Fénelon, Tél., XV)
- Il fait à l’homme de bien une honte de la vertu. — (Jean-Baptiste Massillon, Pet. car. Triomph.)
- Et si je n'écoutais que ta honte et ma gloire. — (Voltaire, Zaïre, III, 4)
- Tu vois mon sort, tu vois la honte où je me livre. — (Voltaire, ib., V, 8)
- Va, la honte serait de trahir ce que j'aime. — (Voltaire, ib., IV, 3)
- La honte est dans l’offense, et non pas dans l’excuse. — (La Chaussée, Préjug. à la mode, V, 1)
- Ce n'est pas ce que voulait madame Kaufmann : il lui fallait savourer la honte de sa rivale, la voir humiliée, perdue, insultée. — (Fr. Soulié, les Forgerons, § II)
- Par exclamation.
- Ô honte, qui jamais ne peut être effacée ! — (Jean Racine, Esth., III, 1)
- Être la honte, faire la honte de sa famille, de son pays, de son siècle : Lui faire un grand déshonneur.
- Divorces et séparations si ordinaires aujourd’hui dans le monde, et que nous pouvons regarder comme la honte de notre siècle, surtout parmi des chrétiens. — (Louis Bourdaloue, 2e dim. apr. l’Épiphan. Dominic.)
- (Familier) (Par hyperbole) Ce qui ne convient pas, ce qui est messéant.
- Et que c’est honte au roi de ne leur donner rien. — (Abbé Mathurin Régnier, Sat., II)
- Car c’est honte de vivre et de n’être amoureux. — (Abbé Mathurin Régnier, Épît., II)
- Se dit aussi au pluriel (Voltaire a condamné cet emploi ; mais, outre les autorités, la raison et l’usage n'empêchent pas d’employer ce mot abstrait au pluriel).
- Les soins que cette amour nous donne en cette vie
Ne peuvent aussi bien nous élever si haut,
Que la perfection la plus digne d’envie
N’y soit toujours suivie
Des hontes d’un défaut. — (Pierre Corneille, Imit., I, 3) - Mais tu sais quel orgueil ont lors montré les comtes ;
Combien d’affronts pour lui, combien pour moi de hontes ! — (Pierre Corneille, D. Sanche, II, 1) - Pour réserver sa tête aux hontes du supplice. — (Pierre Corneille, Pomp., V, 3)
- La plus brillante fortune ne mérite point ni le tourment que je me donne, ni les humiliations, ni les hontes que j’essuie. — (Jean de la Bruyère, VIII)
- Il aurait fallu prévoir les écueils d’un tel succès, et empêcher les méfaits et les hontes dont le monarque délivré allait charger sa couronne, et, jusqu'à un certain point, la responsabilité de ses libérateurs. — (Villem., la Tribune franç. Châteaubriand, ch. 14)
- Les soins que cette amour nous donne en cette vie
- Sentiment pénible qu’excite dans l’âme la pensée ou la crainte du déshonneur.
- La honte se met entre la vertu et le péché pour empêcher qu’on ne la quitte ; puis entre le péché et la vertu pour empêcher qu’on ne la reprenne. — (Jacques-Bénigne Bossuet, Pensées chr., VIII)
- La honte est une passion que la nature raisonnable excite en nous et qui nous détourne, sans que nous remarquions même ni comment ni pourquoi, de tous les excès et de toutes les impuretés du vice. — (Louis Bourdaloue, Exhort. sur la flagellation de J. C.)
- Vous devriez mourir de honte : Se dit, par exagération, à quelqu'un qui a commis une action très répréhensible.
- Les Ribalier et les Cogé devraient mourir de honte s’ils n’avaient pas toute honte bue. — (Voltaire, Lett. Damilaville, 28 sept. 1767)
- Avoir perdu toute honte : Être insensible au déshonneur.
- On dit dans le même sens : mettre bas toute honte, et avoir toute honte bue.
- Bartholomée ayant ses hontes bues. — (Jean de la Fontaine, le Calendr.)
- […] Soit que, sentant son cas, Simone encor n’ait toute honte bue. — (Jean de la Fontaine, Richard.)
- Honte bue à présent, ma foi, sur l’inconstance. — (Du Frény, Réconcil. norm., IV, 3)
- Puisque Pigalle ma sculpté, il faut bien que je souffre qu’on me peigne, j'ai toute honte bue. — (Voltaire, Lett. Florian, 3 août 1770)
- (Religion) (Par métonymie) Dans le langage biblique, les parties que l’on doit cacher.
- C’est pourquoi j’ai relevé vos vêtements sur votre visage, et on a vu votre honte. — (Isaac Louis Lemaistre de Sacy, Bible, Jérémie, XIII, 26)
Synonymes
Antonymes
Apparentés étymologiques
- avoir honte, éprouver de la honte.
- J’ai honte de montrer tant de mélancolie. (Pierre Corneille, Hor., I, 2)
- honteusement
- honteux
Expressions
- à la honte de
- courte honte
- faire cent hontes
- faire mille hontes
- faire honte
- fausse honte
- mauvaise honte
- sotte honte
Traductions
- allemand : Scham (de) féminin ; Beschämung (de) féminin ; Blamage (de) féminin ; Schamhaftigkeit (de) féminin ; Schande (de) féminin ; Verschämtheit (de) féminin
- anglais : shame (en) ; disgrace (en) ; (object of) shame (en)
- espagnol : vergüenza (es) féminin
- espéranto : honto (eo)
- grec : ντροπή (el) (dropí) féminin
- ido : shamo (io)
- indonésien : kenistaan (id), rasa malu (id), aib (id)
- italien : vergogna (it) féminin
Prononciation
- France : écouter « honte [ɔ̃t] »