Annexe:Sacres québécois
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[modifier] Présentation générale
On appelle sacre au Québec ce qu’on appelle généralement juron dans le reste de la francophonie. Les sacres québécois sont également ce qu’on appelle des blasphèmes, sauf que cette dimension est plus ou moins disparue depuis les années 1970, au moment de la laïcisation du Québec. Aujourd’hui, la plupart des sacres sont toutefois toujours considérés comme populaires ou vulgaires.
[modifier] Sacres québécois de base
Les sacres québécois ont généralement la particularité d’être tirés du vocabulaire religieux, à la différence des nord-américains anglophones qui puisent leur inspiration dans le vocabulaire anatomique (en particulier les fonctions reproductrice et excrétrice). On interprète généralement cette caractéristique par une réaction populaire contre l’autorité traditionnelle qu’a eue l’Église au Canada français du XIXe siècle jusqu’à la fin des années 1960. Aujourd’hui, l’Église n’a plus cette influence, et le sacre, bien qu’il soit toujours considéré dans la plupart des cas comme relevant de la langue vulgaire ou populaire, demeure bien ancré dans l’usage.
À la base, les sacres québécois sont relativement peu nombreux. Toutefois, ils donnent lieu à une pléthore d’expressions et de dérivations (voir plus loin). Les sacres sont souvent des déformations phonétiques populaires des mots religieux qu’ils évoquent.
Voici le « noyau » des sacres québécois. (Les cinq suivis d’un astérisque peuvent être considérés comme les plus offensants, quoique cette appréciation soit évidemment teintée de subjectivité.)
| Mot évoqué | Sacre |
|---|---|
| baptême | baptême, batince ou batinse |
| calice | câlisse* |
| calvaire | calvaire |
| christ | crisse* |
| ciboire | ciboire, saint-ciboire |
| étole | étole (Rare) |
| hostie | hostie, estie*, stie, astie |
| maudit | maudit |
| sacrement | sacrament* |
| saint-chrême | saint-chrême (Rare) |
| tabernacle | tabarnak* |
| vierge | viarge |
[modifier] Dérivés par atténuation
Ces mots étant considérés comme vulgaires (ou traditionnellement, comme péchés), il s’est développé tout un ensemble de mots dérivés permettant au Canadien français d’exprimer sa colère, son étonnement ou d’autres émotions sans encourir les feux de l’enfer ou sans choquer les oreilles chastes. Ces déformations sont socialement jugées inoffensives, et parfois même un peu « molles ».
[modifier] Orthographe
Comme les sacres appartiennent d’abord à la langue parlée, leur orthographe n’est pas fixée. Ainsi, on trouvera, par exemple, hostie, osti ou ostie, ou encore christ, criss ou crisse.
[modifier] Agglutination
Il est fréquent que le Québécois enfile les sacres avec des de pour accentuer leur expressivité.
-
- Crisse de câlisse de tabarnak ! Il recommence !!
- Saint-ciboire de maudit d'hostie de câlisse !
- Ostie de marde de tabarnak de shit de fuck de ciboere de criss !
- T'é un tabarnak de cave d'ostie d'enfant de chienne de tabarnak mon ostie de caliss !
- Ostie de criss de tabarnak que je t'ai profond dans l'cul mon câlisse. Mange donc d'la criss de marde esti d'enfant d'pute!
- Gros chien sale d'ostie de tabarnak de criss d'enfant de chienne qui pu la marde sacrament d'osti de saint-ciboire de mangeur d'marde de pute d'osti que ma te défoncer la gueule !
- Mon gros tabarnak d'osti d'caliss que jt'ahie toi sacrament d'gros laid d'tabarnik du fucker !
On peut le constater dans le film Bon Cop Bad Cop, un film québécois, lorsque Patrick Huard déclare: -Moi une fois un gars m'a traité de criss de pourri, mais c'est pas si pire parce qu'on peut aussi te traiter de câlisse de pourri de tabarnac. Mais quand tu es rendu à hostie de criss de câlisse de pourri de tabarnac, là t'es vraiment pourri!
[modifier] Dérivation grammaticale
Il est fréquent aussi que les Québécois forment des verbes, des adverbes ou des adjectifs (sous forme de participes passés) en se servant des sacres comme racines. Il n’y a pas de dérivation des formes atténuées.
[modifier] Verbes dérivés de sacres québécois
| Racine | Verbe |
|---|---|
| câlisse | câlisser, décâlisser, se contre-câlisser |
| crisse | crisser, décrisser, déconcrisser (se prononce "décocrisser"), se contre-crisser |
| ciboire | se contre-saint-ciboiriser |
| viarge | déviarger |
[modifier] Adverbes dérivés de sacres québécois
| Racine | Adverbe |
|---|---|
| câlisse | câlissement (Rare) |
| crisse | crissement |
| maudit | mauditement |
-
- J’me suis crissement fait mal. (ou J’me suis faite crissement mal.)
-
- J’ai crissement pas le goût d’aller à job.
-
- C'est câlissement bon !
[modifier] Adjectifs dérivés de sacres québécois
Tous les adjectifs suivants signifient « détruit », « défait » (en parlant d’une chose) ou « fatigué », « à bout » (en parlant d’une personne).
| Racine | Adjectif |
|---|---|
| câlisse | décâlissé, déconcâlissé |
| crisse | décrissé, déconcrissé |
| ciboire | désaintciboirisé (Rare) |
| viarge | déviargé |
-
- T’as l’air pas mal décâlissé à matin.
- Si t’avais vu mon char après l’accident, il était tout déconcâlissé.
- J’ai tellement utilisé mon dictionnaire qu’il est tout déconcrissé.
[modifier] Usage
[modifier] Usage de base
Tous les sacres servent, à la base, d’exclamations exprimant généralement la colère, l’hostilité ou l’étonnement.
-
- Ôte-toi de là, crisse !
- Tabarnak ! Es-tu sourd ?
- Son ch’val, hostie, son ch’val, v’là qu’i’était rendu vert. / I’en croyait pas ses yeux : « Qu’est-cé c’est ça, calvaire ? » — (François Lavallée, Quand la fontaine coule dans la vallée, Linguatech, Montréal, 2007)
[modifier] Les sacres désignant des personnes
Les sacres sont couramment utilisés comme substantifs pour désigner des personnes, généralement sur un ton de colère ou de mépris.
-
- Mon hostie, tu perds rien pour attendre !
- Mon hostie d’tabarnak, tu vas manger ma main dans face. — (Les Cyniques, La chanson très vulgaire)
- Qu’est-ce qu’ils font dans ma cour, ces tabarnaks-là ?
- Je veux pas lui voir la face icitte, à ton gros câlisse, c’est-tu clair ?
Spécialement, un sacre peut être précédé du mot petit pour désigner des enfants, toujours avec mépris ou colère (l’équivalent, en français standard, de petit morveux, petit chenapan, etc.).
-
- Le petit crisse, il m’a encore mordu !
- Mon petit crisse, tu perd rien a attendre, j'te promais un chien de ma chienne. ( Vengeance à long terme )
[modifier] Locutions
Les sacres québécois entrent dans de nombreuses locutions ou expressions. Parfois, ils sont interchangeables, mais pas toujours.
- ((sacre)) + de : Sert à amplifier ce qui suit, notamment pour exprimer le mépris, la colère, mais aussi, inversement, l’admiration ou autre. S’utilise avec tous les sacres (mais surtout crisse, hostie et câlisse) — y compris leurs déformations.
-
- C’est une crisse de vieille folle !
- C’est une crisse de belle fille !
- Toi, t’es un estie de bon gars !
- C’est qui l’ostie d’chien sale / Qu’i’a peinturé mon ch’val ? — (François Lavallée, Quand la fontaine coule dans la vallée, Linguatech, Montréal, 2007)
- Mon câlisse de baveux, y a pus personne pour me r’tenir! — (Les Cyniques, La chanson très vulgaire)
- A t’lâche un hostie d’pet... — (Y a don ben des, chanson de François Pérusse, 2007)
- Note : Maudit et mautadit se construisent directement (sans de), et maudine et mautadine ne s’utilisent pas dans cette construction.
- ((sacre)) + que : Sert d’interjection pour exprimer la colère, l’admiration, la joie ou toute autre émotion forte.
-
- Tabarnak que tu comprends pas vite !
- Maudit que t’es belle!
- Crisse que je suis content d’être là. — (Voir, 8 mars 2007)
- en + ((sacre)) : Exprime l’intensité. S’utilise avec tous les sacres, y compris leurs déformations.
- (être) en + ((sacre)) : Être en colère. S’utilise avec tous les sacres, y compris leurs déformations.
-
- Je n’ai pas pu lui parler, il était trop en tabarnak après moi.
- Là, j’suis en hostie, pis pas à peu près.
- Je te dis que j’étais en criffe après lui.
- C’était la première fois que je la voyais en maudit.
- (être) en beau + ((sacre)) : Être très en colère. S’utilise avec la plupart des sacres, mais pas hostie, ni viarge; les plus courants sont être en beau calvaire et être en beau maudit.
-
- Là, je commence à être en beau calvaire.
- Elle est arrivée chez nous en beau maudit : la fumée lui sortait par les oreilles.
- se câlisser de, se crisser de, se contre-câlisser de, se contre-crisser de : Se foutre de. On trouve aussi se contre-saint-ciboiriser.
-
- Je me crisse de savoir si tu aimes ça ou pas.
- Tu peux pleurer comme tu veux, je m’en câlisse.
- Ton opinion, je m'en contre-câlisse, s'tu clair ?
- Vos états d’âme, on s’en contre-saint-ciboirise, m’entends-tu ?
- bout de viarge, bout de baptême, bout de batinse, bout de calvaire, bout de calvince : Variantes des sacres en question. Curieusement, on trouve bout de ciarge, mais jamais ciarge tout seul comme sacre.
-
- Voyons, bout de viarge, vas-tu finir par le dire ?
- Ben bout de ciarge, ça a ben l’air qu’ils ont décidé de repasser ça à la télé !
- Je suis quand même pas si petit que ça, bout de baptême !
[modifier] Le sacre comme instrument identitaire
Autant la plupart des sacres continuent d’appartenir à la langue malséante pour l’essentiel (sauf les versions atténuées), autant le Québécois moyen aime exploiter cette particularité de sa langue, s’y identifier, en décortiquer les subtilités et les ramifications (par exemple par les dérivations) et les exposer aux étrangers, aussi bien aux anglophones qu’aux francophones des autres pays, que ce soit pour les dérouter ou pour les leur enseigner dans un esprit de complicité. Le sacre constitue ainsi un instrument identitaire linguistique fondamental des Québécois.
Témoin notamment cet extrait d'un discours de Boucar Diouf, néo-Québécois, prononcé à l'occasion de la Fête nationale du 24 juin 2009 (à noter qu'il n'utilise que les formes édulcorées des sacres) :
- Bonjour je m’appelle Boucar Diouf…
- Comme j’aime bien le dire: Je suis Afro-Gaspésien.
- Mon grand-père disait « s’intégrer à une nouvelle culture c’est comme lire un livre plusieurs fois [...] ». Si vous me demandez ce que je pense de cette parlure québécoise qui nous rassemble aujourd’hui, je vous répondrais que je l’aime:
- En crime, câlique, câline, tabarnouche
- En carosse, calvasse, calvince, tabarouette
- En maudit, mautadit, mosusse, tabaslak
- En torieu, torvis, verrat, torpinouche
- En batêche, batinse, bonyenne, jériboire
- En cristal, cristi, christophe, câliboire
- En caltor, bozwell, viargette, joual vert
- En saint-crême, saint-croche, simonak, viande à chien (Source : http://blogue.imtl.com/2009/06/discours-patriotique-de-boucar-diouf/)