grâce
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[modifier] Français
Étymologie
Nom commun
| Singulier | Pluriel |
|---|---|
| grâce /ɡʁɑs/ |
grâces /ɡʁɑs/ |
grâce féminin
- Ce qui plaît dans les attitudes, les manières, les discours (c’est le sens premier et étymologique), agrément, charme indéfinissable dans les personnes et dans les choses.
- Et la grâce plus belle encor que la beauté. — (Jean de la Fontaine, Adonis.)
- (Ironique) Air gracieux, façons gracieuses.
- Se donner des grâces.
- Bonne grâce : Grâce relevée de quelque chose de simple, de franc et de libre.
- Pour sa personne, elle vous plairait sans beauté, parce qu’elle est d’une taille parfaite, et d’une bonne grâce à tout ce qu’elle fait. — (Marquise de Sévigné, 286.)
- Bonne grâce : Se dit aussi des choses.
- Oui, mais notre retour aurait-il bonne grâce ? — (Jean de Mairet, Soliman, I, 2.)
- En un sens opposé, mauvaise grâce.
- Personne de mauvaise grâce.
- Que tout cet artifice est de mauvaise grâce ! — (Pierre Corneille, Poly. v, 3.)
- Agréments dans les choses, les animaux.
- La grâce et la légèreté du cerf.
- Il [son habit de bergère] avait une telle grâce sur elle, que, si son ennemie l’eût vue avec cet habit, elle [Vénus] lui en aurait donné un de déesse en la place. — (Jean de la Fontaine, Psyché, t. II, p. 154.)
- Qualité du style qui consiste surtout à exprimer ses pensées d’une manière élégante, sans aucune peine apparente ; c’est l’élégance unie à la facilité.
- Les grâces de la diction, soit en éloquence, soit en poésie, dépendent du choix des mots, de l’harmonie des phrases, et encore plus de la délicatesse des idées et des descriptions riantes. — (Voltaire, Dict. ph. Grâce.)
- (Désuet) (Tapissier) Étoffes qu’on attache vers le chevet et vers les pieds du lit, pour accompagner les grands rideaux ; il ne se dit plus qu’en parlant des lits à l’ancienne mode.
- On appelle bonnes grâces les demi-rideaux d’un lit qui sont aux deux côtés du chevet. — (Voltaire, Dict. phil. Grâce.)
- (Par extension) Bienveillance qu’une personne accorde à une autre, faveur.
- Je puis croire pourtant, Sans trop de vanité, que je suis en sa grâce. — (Molière, le Dép. I, 3.)
- Être en grâce auprès de quelqu’un : Lui plaire, avoir sa bienveillance, sa faveur.
- (Figuré) Être en grâce avec l’argent : Avoir de l’argent.
- Bonnes grâces : En parlant d’une femme, amour, faveurs.
- Le bruit commun était qu’il avait eu ses bonnes grâces, avant qu’elle fût mariée. — (Antoine Hamilton, Gramm. 8.)
- Il [Alcibiade] sut si bien gagner les bonnes grâces de la femme du roi Agis, qu’il en eut un fils, qu’on appelait en public Léotychide, mais que sa mère en particulier, parmi ses femmes et ses amies, ne rougissait point d’appeler Alcibiade. — (Charles Rollin, Historique ancien Œuv. t. III, p. 645, dans Pougens)
- Un musicien, David Rizzio, fut trop avant dans ses bonnes grâces [de Marie Stuart]. — (Voltaire, Mœurs, 169.)
- Ce qui est accordé à quelqu’un comme lui étant agréable, utile, sans lui être dû strictement (c’est un sens détourné du sens de gracieux, agréable).
- Je demande la mort pour grâce ou pour supplice. — (Pierre Corneille, Hor. IV, 7.)
- On lui dit qu’au Japon La fortune pour lors distribuait ses grâces. — (Jean de la Fontaine, Fabl. VII, 12.)
- Un fort honnête médecin, dont j'ai l’honneur d’être le malade, me promet et veut s’obliger par-devant notaire de me faire vivre encore trente années, si je puis lui obtenir une grâce de Votre Majesté [un canonicat pour son fils]. — (Molière, Tart. 3e placet.)
- Pour les grâces du roi, il faut toujours les espérer quand on les mérite toujours comme M. de Grignan. — (Marquise de Sévigné, 312.)
- Donnez des grâces aux familles qui augmentent la culture. — (François de Salignac de la Mothe Fénelon, Tél. XII.)
- (Figuré)
- Ainsi les cœurs sont saisis d’une joie soudaine par la grâce inespérée d’un beau jour d’hiver, qui, après un temps pluvieux, vient réjouir tout d’un coup la face du monde. — (Jacques-Bénigne Bossuet, Marie-Thér.)
- Demander en grâce, demander comme une grâce : C’est-à-dire instamment.
- Elle a demandé en grâce de venir dans le diocèse de Meaux. — (Jacques-Bénigne Bossuet, Lett. quiét. 116.)
- Faire la grâce de : Formule de politesse.
- C’est trop de grâce que vous me faites. — (Molière, Pourc. I, 5.)
- Je ne suis nullement surpris, monsieur, d’apprendre par la lettre que vous m’avez fait la grâce de m’écrire, que plusieurs personnes sont mal édifiées de vous voir communier presque tous les jours. — (François de Salignac de la Mothe Fénelon, t. XVII, p. 497.)
- Il ne me reste plus qu’à vous remercier de vos observations ; s’il vous en vient quelques-unes, faites-moi la grâce de me les communiquer. — (Denis Diderot, Lett. sur les sourds-muets.)
- Chevaliers de grâce : Ceux qui étaient dispensés de faire preuve de noblesse à la rigueur, dans les ordres de chevalerie.
- Commanderies de grâce : Celles dont le grand maître d’un ordre a la libre disposition, par opposition à commanderies de rigueur, celles que les chevaliers obtiennent à leur rang.
- Dieu grâce, la grâce à Dieu : Par la faveur du ciel.
- C’est que la pauvreté comme moi les affole, Et que, la grâce à Dieu, Phébus et son troupeau, Nous n’eûmes sur le dos jamais un bon manteau. — (Abbé Mathurin Régnier, Sat. II.)
- Ils sont, Dieu grâce, madame, en parfaite santé. — (Molière, Comtesse, 17.)
- Cela lui vient de la grâce de Dieu, cela lui vient de Dieu grâce : C’est une chose avantageuse qu’il obtient sans qu’il y ait contribué par ses soins ou ses efforts.
- Il [Chevreuse] était presque sans ressource, lorsque le gouvernement de Guyenne lui tomba de Dieu grâce, sans qu’il y eût pensé. — (Louis de Rouvroy, 336, 155.)
- Cette chose est venue de la grâce de Dieu : C’est-à-dire qu’on ne sait d’où elle est venue.
- Par la grâce de Dieu : Formule que les princes souverains ont coutume de mettre dans leurs titres.
- Le roi reçut son hommage, et lui permit de se dire prince d’Orange par la grâce de Dieu, de battre monnaie, de donner rémission, hors pour le crime d’hérésie et de lèse-majesté. — (Charles Pinot, Historique de Louis XI, Œuv. t. III, p. 65, dans Pougens)
- Dans le style badin.
- Lise qui règne par la grâce Du dieu qui nous rend tous égaux. — (Pierre Jean de Béranger, Polit.)
- De grâce, par grâce : Par pure bonté.
- On vous donne, de grâce, une heure à vous résoudre. — (Pierre Corneille, Théod. III, 1.)
- De grâce, achevez. — (Pierre Corneille, Cid, I, 9.)
- Profitons de l’instant que de grâce il nous donne. — (Nicolas Boileau-Despréaux, Épît. III.)
- Mais, de grâce, est-ce à moi que ce discours s’adresse ? — (Jean Racine, Andr. II, 2.)
- De sa grâce : Par sa pure et simple volonté, de son chef.
- Le pédant, de sa grâce, Accrut le mal en amenant Cette jeunesse mal instruite. — (Jean de la Fontaine, Fabl. IX, 5.)
- Votre cœur magnifique Me promit de sa grâce une bague […] — (Molière, Dép. amour. I, 2.)
- Revel était frère de Broglie, que M. le duc fit, de sa grâce, en son temps maréchal de France. — (Louis de Rouvroy, 187, 248.)
- (Théologie) Qui provient du sens précédent, la grâce étant une faveur. Secours intérieur accordé par le ciel pour l’exercice du bien et pour la sanctification.
- Il [Dieu] est toujours tout juste et tout bon ; mais sa grâce Ne descend pas toujours avec même efficace ; Après certains moments que perdent nos longueurs, Elle quitte ces traits qui pénètrent nos cœurs. — (Pierre Corneille, Poly. I, 1.)
- Nous appelons grâce actuelle une inspiration de Dieu par laquelle il nous fait connaître sa volonté et par laquelle il nous excite à la vouloir accomplir. — (Blaise Pascal, Provençal IV.)
- La conduite de Dieu, qui dispose toutes choses avec douceur, est de mettre la religion dans l’esprit par les raisons, et dans le cœur par la grâce. — (Blaise Pascal, Pensées, art. XXIV, 3, édit. Lahure, 1860.)
- Je crois, comme vous, qu’il faut un peu de grâce et que la philosophie seule ne suffit pas. — (Marquise de Sévigné, 96.)
- On peut voir dans le même colloque l’état présent des controverses en Allemagne entre les luthériens et les calvinistes, et on voit que la doctrine constante des théologiens de la confession d’Augsbourg est que la grâce est universelle. — (Jacques-Bénigne Bossuet, Var. XIV, § 106.)
- Le temps a été court, je l’avoue ; mais l’opération de la grâce a été forte ; mais la fidélité de l’âme a été parfaite […] la grâce, cette excellente ouvrière, se plaît quelquefois à renfermer en un jour la perfection d’une longue vie. — (Jacques-Bénigne Bossuet, Duch. d’Orl.)
- Quoique, sans menacer et sans avertir, elle [la mort] se fasse sentir tout entière dès le premier coup, la grâce, plus active encore, l’a déjà mise [la princesse] en défense. — (Jacques-Bénigne Bossuet, ib.)
- L’opération de la grâce se reconnaît dans les fruits. — (Jacques-Bénigne Bossuet, Anne de Gonz.)
- Quand on a connu Jésus-Christ et qu’on a eu part à ses grâces. — (Jacques-Bénigne Bossuet, ib.)
- Il ne faut point manquer à de telles grâces, ni les recevoir avec mollesse : la princesse palatine change en un moment tout entière […] — (Jacques-Bénigne Bossuet, ib.)
- Ce nom nouveau du Sauveur est celui de l’Eucharistie, nom composé de biens et de grâces. — (Jacques-Bénigne Bossuet, Mar.-Thér.)
- Il ne faut qu’une passion d’envie pour anéantir dans nous tous les effets de la grâce. — (Louis Bourdaloue, Myst. Passion de J. C. t. I, p. 260.)
- Les grâces de Dieu ne sont pas seulement pour nous des dons de Dieu, ni des bienfaits de sa miséricorde, mais de grandes charges devant Dieu. — (Louis Bourdaloue, Dim. de la Sexag. Dominic. t. I, p. 417.)
- Grâces délicates, parce qu’on les perd aisément, et que Dieu nous en prive quelquefois pour les plus légères infidélités. — (Louis Bourdaloue, 9e dim. après la Pentec. Dominic. t. III, p. 155.)
- La grâce qui est en nous n'est autre chose que la grâce de la pénitence, et par conséquent de l’humilité même. — (Louis Bourdaloue, Purif. de la Vierge, Myst. t. II, p. 176.)
- Pour ressusciter dans la gloire, il faut par une sainte persévérance mourir dans la grâce. — (Louis Bourdaloue, Myst. Rés. de J. C. t. I, p. 359.)
- Ô grâce, ô rayon salutaire, Viens me mettre avec moi d’accord ; Et, domptant par un doux effort Cet homme qui t’est si contraire, Fais ton esclave volontaire De cet esclave de la mort. — (Jean Racine, Cantique 3.)
- (Figuré)
- Je vous ai déjà dit qu’il me fallait du temps [pour faire une tragédie], de la santé et flatus divinus ; j'attends le moment de la grâce. — (Voltaire, Lett. d’Argental, 3 mai 1756.)
- Grâce suffisante : Grâce donnée généralement à tous les hommes, soumise de telle sorte au libre arbitre qu’il la rend efficace ou inefficace à son choix, sans aucun nouveau secours de Dieu.
- La grâce justifiante : Celle qui rend juste intérieurement.
- Il faut que cette plante divine [la dilection] ne soit pas seulement semée, mais qu’elle ait commencé de prendre racine dans l’âme avant qu’elle reçoive la grâce justifiante. — (Jacques-Bénigne Bossuet, Sermons, Vérit. convers. 3.)
- On dit dans le même sens, grâce sanctifiante.
- Quand je dis la grâce, j’entends celle que les théologiens appellent grâce sanctifiante et qui est en nous le plus précieux de tous les dons de Dieu. — (Louis Bourdaloue, Myst. Concept. de la Vierge, t. II, p. 4.)
- Grâces naturelles : Dons naturels que la Providence accorde aux gentils comme aux chrétiens, aux méchants comme aux bons.
- Grâces surnaturelles : Celles qui ont rapport au salut éternel.
- L’ordre de la grâce : L’ensemble des secours de la grâce que Dieu donne aux hommes.
- Tant que nous sommes détenus dans cette demeure mortelle, nous vivons assujettis aux changements, parce que, si vous me permettez de parler ainsi, c’est la loi du pays que nous habitons ; et nous ne possédons aucun bien, même dans l’ordre de la grâce, que nous ne puissions perdre un moment après par la mutabilité naturelle de nos désirs. — (Jacques-Bénigne Bossuet, Duch. d’Orl.)
- Être en état de grâce : N’avoir sur la conscience aucun péché mortel.
- Grâce d’état.
- C’est un état où Dieu, par une suite immanquable, donne à chacun des grâces de salut et de sanctification, et non-seulement des grâces communes, mais des grâces propres et particulières que nous appelons pour cela des grâces de l’état. — (Louis Bourdaloue, Pensées, t. I, p. 76.)
- Il donne la grâce de commander à celui qui doit commander, et la grâce d’obéir à celui qui doit obéir. — (Louis Bourdaloue, 10e dim. après la Pentec. Dominic. t. III, p. 220.)
- Grâce d’état : (Familier) Se dit des illusions attachées à une condition et qui la rendent supportable.
- Ordinairement les malades de la poitrine ne se voient pas en aussi grand danger qu’ils sont, c’est une grâce d’état.
- An de grâce : Se dit des années de l’ère chrétienne.
- Calendrier pour l’an de grâce 1865. Hors de cette tournure de phrase, il ne se dit guère qu’en plaisantant.
- Coup de grâce : Dernier coup que l’exécuteur appliquait sur l’estomac du patient roué vif, et qui, hâtant sa fin, semblait une sorte de miséricorde.
- (Figuré) Ce qui achève de ruiner, de perdre quelqu’un.
- Vous lui avez porté le coup de grâce.
- Je fus hué : ce dernier coup de grâce M’allait sans vie étendre sur la place. — (Voltaire, Pauvre diable.)
- Ancien terme de commerce.
- Jours de grâce : Délai de dix jours accordé à celui sur lequel une lettre de change était tirée.
- Cela est échu, mais j’ai encore les dix jours de grâce. — (Florent Carton, Les Agiot. II, 1.)
- On disait dans le même sens délai de grâce.
- Dans le langage général, ce qui est accordé au delà du terme ordinaire.
- Des jours chauds au mois de décembre sont des jours de grâce. J’ai quatre-vingts ans, toutes les années que je vivrai seront des années de grâce.
- Pardon, indulgence (le pardon étant une sorte de faveur).
- Je voudrais comme vous faire grâce à son âge. — (Pierre Corneille, Sertor. II, 1.)
- Il ne faut point de grâce à qui se voit sans crime. — (Pierre Corneille, Perthar. v, 2.)
- J’aurais peine, seigneur, à lui refuser grâce. — (Pierre Corneille, Sertor. I, 3.)
- Reine, voyez pour qui vous me demandiez grâce. — (Pierre Corneille, Pomp. IV, 5.)
- Et l’on donne grâce aisément à ce dont on n'est pas le maître [et nous pardonnons aisément des transports dont on n’est pas le maître]. — (Molière, Amph. II, 6.)
- Elle a vu venir le coup sans demander grâce. — (Esprit Fléchier, Mme de Montausier.)
- Dieu ne fait jamais grâce à qui ne l’aime point. — (Nicolas Boileau-Despréaux, Épit. XII.)
- S’il venait à mes pieds me demander sa grâce. — (Jean Racine, Andr. II, 1.)
- Trouver grâce aux yeux, devant les yeux : Être excusé, pardonné.
- Crois qu’un bonze modeste, un dervis charitable Trouvent plutôt grâce à ses yeux [de Dieu] Qu’un janséniste impitoyable Ou qu’un pontife ambitieux. — (Voltaire, Pour et contre.)
- Eh quoi ! Devant vos yeux nos tyrans trouvent grâce ! — (Casimir Delavigne, Vêpres sicil. sc. suppr.)
- Plaire, gagner la faveur ; ne se dit que d’une personne inférieure à l’égard d’une autre.
- Esther lui plut et trouva grâce devant lui. — (Isaac Louis Lemaistre de Sacy, Bible, Esther, II, 9.)
- Mme de T. a trouvé grâce devant Mme de Montespan. — (Marquise de Sévigné, 370.)
- Devant ses yeux cruels une autre a trouvé grâce. — (Jean Racine, Phèd. IV, 5.)
- Seigneur, si j'ai trouvé grâce devant vos yeux. — (Jean Racine, Esth. II, 7.)
- Faire une grâce, faire grâce à quelqu’un : Lui accorder ce qu’il ne pourrait justement exiger.
- En vous accordant cela, on vous fait une grâce.
- En ce mauvais monde où nous vivons, quand on nous fait justice, imaginons-nous qu’on nous fait grâce. — (Louis-Guez de Balzac, De la cour, 6e disc.)
- (Ironique) et (Familier)
- Vous me faites là une belle grâce. Voilà vraiment une belle grâce.
- Faire trop de grâce : Se dit ironiquement de quelqu’un qui reçoit hautainement des avances, des compliments, qui se prête hautainement à telle ou telle chose.
- Comme un homme qui fait trop de grâce de se laisser louer. — (François de Salignac de la Mothe Fénelon, Tél. XIV.)
- Faire grâce de : Ne pas exiger.
- Il lui a fait grâce d’une partie de sa dette.
- On fait grâce d’une chose en s’emparant du reste ; les commis lui prirent tous ses effets, et lui firent grâce de son argent. — (Voltaire, Dict. phil. Grâce.)
- (Figuré) Faire grâce de : Épargner quelque chose à quelqu’un.
- Il m’a lu tout son poëme, sans me faire grâce d’un hémistiche.
- Le reste des idées de cet auteur [Bohemius] sont de la même force, et nous en ferons grâce au lecteur. — (Denis Diderot, Opin. des ancien philos. (Théosophes).)
- (Absolument) Grâce ! : Ne continuez pas.
- Grâce ! Ce que vous me dites me peine.
- (Ironique)
- Faites-moi grâce de vos observations, épargnez-les-moi.
- Faire grâce, avec un nom de chose pour sujet : être une grâce, une faveur.
- Mon refus lui fait grâce, et, malgré ses désirs, J'épargne à sa vertu d’éternels déplaisirs. — (Pierre Corneille, Nicom. III, 2.)
- (Figuré) Faire grâce à quelque chose : L’accepter.
- Je suis comme vous, je fais grâce à l’esprit en faveur des sentiments. — (Marquise de Sévigné, Lett. 5 août 1675.)
- Particulièrement, remise de la peine que le prince fait à un condamné.
- Le souverain a le droit de grâce. Recours en grâce. Il a obtenu sa grâce. Signer une grâce.
- J’ai eu ma grâce de cette affaire. - Oui, mais cette grâce n’éteint pas peut-être le ressentiment des parents et des amis. — (Molière, D. Juan, I, 2.)
- Le prince perdrait le plus bel attribut de sa souveraineté, qui est celui de faire grâce. — (Charles-Louis de Secondat Montesquieu, Esp. VI, 5.)
- Lettres de grâce, ou, simplement, grâce, lettres par lesquelles le souverain accorde la grâce d’un criminel.
- C’est un grand ressort des gouvernements modérés que les lettres de grâce ; ce pouvoir que le prince a de pardonner, exécuté avec sagesse, peut avoir d’admirables effets. — (Charles-Louis de Secondat Montesquieu, Esp. VI, 16.)
- Supplication d’épargne.
- Grâce ! Demander grâce, crier grâce.
- D’un agile mouvement de patte, le chat saisit la souris et la souleva du sol.
« Grâce ! » supplia la souris, effrayée. « Je t’en prie ! Ne me mange pas ! »
- Remerciement, témoignage de reconnaissance (le remerciement étant quelque chose de gracieux).
- Je rends grâces aux dieux de n’être pas Romain. — (Pierre Corneille, Hor. II, 3.)
- Mme de Lafayette vous rend mille grâces. — (Marquise de Sévigné, 1.)
- M. le cardinal vous rend grâces très humbles. — (Jacques-Bénigne Bossuet, Lett. abb. 111.)
- Il rendit grâces aux dieux par d’innombrables sacrifices. — (Fén, Tél. VIII.)
- On dit aussi actions de grâces.
- Rendre des actions de grâces.
- [Après la bataille de Rocroi] l’armée commença l’action de grâces ; toute la France suivit ; on y élevait jusqu'au ciel le coup d’essai du duc d’Enghien. — (Jacques-Bénigne Bossuet, Louis de Bourbon.)
- (Figuré) Rendre grâce à quelque chose, attribuer à quelque chose une action favorable.
- Rendez grâce au seul nœud qui retient ma colère. — (Jean Racine, Iphig. IV, 6.)
- (Au pluriel) Prière que l’on fait après le repas.
- Dire grâces. Les grâces dites.
- Titre d’honneur des ducs d’Angleterre. Sa Grâce le duc de […]. En cet emploi, prend un G majuscule.
Synonymes
Dérivés
Expressions
- action de grâces
- coup de grâce
- de bonne grâce, volontiers, sans répugnance, sans se faire prier.
- Cédons de bonne grâce, et d’un esprit content Remettons à Dircé tout ce qu’elle prétend. — (Pierre Corneille, Œdipe, I, 5.)
- de mauvaise grâce, avec un air mal gracieux, à regret, comme par contrainte.
- Il ne sait pas faire les choses de mauvaise grâce. — (Marquise de Sévigné, 578.)
- dire grâces avant le bénédicité (Figuré) (Familier) (Vieilli) : intervertir l’ordre des choses, et, par exemple, vivre maritalement avant d’avoir contracté le mariage.
- On me reproche de dire grâces sans avoir dit bénédicité. — (Voltaire, Babyl. 11.)
- jeu des grâces, jeu analogue au jeu de volant, et qui se joue avec un petit cerceau et des bâtonnets, ainsi nommé parce que les bras s’y développent avec grâce.
- venir dire grâce ou venir dire des grâces (Figuré) (Vieilli) : aller remercier son bienfaiteur.
- Beaucoup sollicitent ; peu, après qu’ils ont obtenu, viennent dire grâces.
- Grâce de saint Paul : terre blanche de l’île de Malte qui passe pour un remède contre la morsure des vipères, ainsi dite de saint Paul qui y fut mordu par un serpent.
- grâce expectative, rescrit du pape qui ordonne au collateur de donner le premier bénéfice vacant de sa collation à une personne que ce rescrit désigne.
Traductions
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Prononciation
- France : [ɡʁɑs] écouter « grâce »
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Homophones
Anagrammes
Voir aussi
- grâce sur Wikipédia

Références
- Littré, Dictionnaire de la langue française (1872-1877) (grâce)