amour

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Voir aussi Voir aussi : Amour

Français[modifier | modifier le wikicode]

Étymologie[modifier | modifier le wikicode]

Du latin amorem, accusatif de amor (« amour »). Philologiquement parlant, la forme amour n’est pas conforme à la phonétique historique du français (on attendrait *ameur ; (→ voir ameure en ancien français)). Elle vient vraisemblablement des dialectes en -ou, et plus probablement du champenois, une part importante de la littérature courtoise ayant été écrite en ce dialecte [1]. L’hypothèse d’un occitanisme, par le biais des troubadours, est aussi avancée [2].

Nom commun[modifier | modifier le wikicode]

Masculin et parfois féminin
Singulier Pluriel
amour amours
/a.muʁ/
L'Amour s'envole

amour /a.muʁ/ masculin (ou parfois féminin, voir la définition 8, et la note qui suit les définitions)

  1. Sentiment intense et agréable qui incite les êtres à s’unir.
    • […] car l’amour est fort comme la Mort, [...] (Cantique des Cantiques, VIII, 6, la Bien-Aimée, traduction d’A. Robert, P.S.S. in La Bible de Jérusalem)
    • Non, l’amour, sentiment naïf et chaste qui se voile de pudeur et de fierté au sanctuaire du cœur, n’est point cette tendresse cavalière qui répand les larmes de la coquetterie par les yeux du masque de l’innocence ! (Aloysius Bertrand, Gaspard de la nuit, 1842)
    • […], l’entière affection de cet homme, qui répondit par un amour unique à un unique amour, tout avait réconcilié cette pauvre femme avec la vie. (Honoré de Balzac, Modeste Mignon, 1844)
    • Or savez-vous quels sont ses deux instincts naturels, irrésistibles dans l’ordre psychique ? c’est l’amour et la liberté. Ces deux instincts naturels se sont socialement combattus jusqu’à présent ; il a fallu que l’homme immolât ou plutôt subordonnât l’un à l’autre. (Alexandre Dumas fils, La question du divorce, 1880, 12e éd., p. 131)
    • Déjà, Jacques aimait Yasmina, follement, avec toute l’intensité débordante d’un premier amour chez un homme à la fois très sensuel et très rêveur en qui l’amour de la chair se spiritualisait, revêtait la forme d’une tendresse vraie... (Isabelle Eberhardt, Yasmina, 1902)
    • L’amour, par l’enthousiasme qu’il engendre, peut produire le sublime sans lequel il n’y aurait point de morale efficace. (Georges Sorel, Réflexions sur la violence, chapitre VII, La morale des producteurs, 1908, p. 342)
    • L’homme a inventé les dieux et il a créé l’amour avec son cortège de sensibleries ridicules ou criminelles. L’amour a donné naissance au poète, puis au psychologue et, pour couronner l’humaine sottise, à cet enfonceur de portes ouvertes qui s’est baptisé psychanalyste. Le paladin du refoulement et l’écuyer servant la Haute Dame Libido. (Victor Méric, Les compagnons de l’Escopette, 1930, p. 118)
    • Personne que je sache, n’a encore osé dire que l’amour tel qu’on l’imagine de nos jours est la négation pure et simple du mariage que l’on prétend fonder sur lui. (Denis de Rougemont, L’Amour et l’Occident, 1946)
    • Je percevais au tremblement de leur voix, au miel de leurs paroles, cette terrible servitude qui les liait à ce qu’on nomme l’amour, d’un mot trop doux parce qu’on ne veut pas lui donner son véritable visage de bestialité et d’animalité. (Jean Rogissart, Hurtebise aux Griottes, 1954, p. 32)
  2. Affection profonde pour quelqu’un ou quelque chose.
    • […] ce cœur qui s’ignorait soi-même avait tourné toutes ses pensées vers ses enfants, qu’elle s’était mise à adorer de toutes les forces virginales de l’amour maternel, le plus beau et le plus sain de tous. (Gustave Aimard, Les Trappeurs de l’Arkansas, 1858)
    • De toutes les villes du département du Nord, Douai est, hélas ! celle qui se modernise le plus, où le sentiment innovateur a fait les plus rapides conquêtes, où l’amour du progrès social est le plus répandu. (Honoré de Balzac, La Recherche de l’Absolu, 1834)
    • […] j’avais tâché d’en donner l’impression à Françoise en ne laissant pas paraître devant elle ma souffrance, parce que, même au moment où je l’éprouvais avec une telle violence, mon amour n’oubliait pas qu’il lui importait de sembler un amour heureux, un amour partagé, surtout aux yeux de Françoise qui, n’aimant pas Albertine, avait toujours douté de sa sincérité. (Marcel Proust, Albertine disparue, in À la recherche du temps perdu, 1927)
    • Je regarde MM. les délibérants aux assemblées d’élection et les députés aux États-généraux comme des juges aux pieds desquels tous ceux qu’anime l’amour du bien public doivent apporter le tribut de leurs pensées. (Comte de Sanois, Questions proposées à toutes les assemblées, par un membre de la noblesse de celle de Meaux, 13 mars 1789)
    • « Amour cérébral ? » Ne m’ennuyez pas avec cette sottise. Direz-vous que l’amour qui précipitait ces foules ingénues vers le tombeau du Christ était cérébral? Et croyez-vous qu'on aime autrement la France ? (Vercors, La marche à l'étoile, éditions de Minuit, 1943, éd. 1946, p.29)
  3. (Par extension) Plaisir ; intérêt.
    • Elle accomplissait humblement et avec amour toutes les minuties de la vie vulgaire au Chalet, elle s’en servait comme d’un frein pour enserrer le poème de sa vie idéale, à l’instar des Chartreux qui régularisent la vie matérielle et s’occupent pour laisser l’âme se développer dans la prière. (Honoré de Balzac, Modeste Mignon, 1844)
    • Dupin a reproché aussi aux Morvandeaux leur amour de la chicane. Ce reproche me surprend de la part d'un avocat-plaidant (de 1800 à 1811), mais enfin l'accusation est fondée. (Abbé Guignot, Essai sur Quarré-les-Tombes ; ses sarcophages mérovingiens et sa station préhistorique, Tours, impr. Bousrez, 1895, p.48)
    • Le soir est venu. Il se lève une grande lune ronde, un grand plateau d’étain que doivent considérer avec amour, en ce moment, l’artilleur à barbe noire et le ténor. (Jean Giraudoux, Retour d’Alsace - Août 1914, 1916)
    • Cette glace fondait un tantinet à midi mais regelait le soir, et, chaque matin, on commençait par la repolir avec amour. (Louis Pergaud, Deux Veinards, dans Les Rustiques, nouvelles villageoises, 1921)
  4. (Par extension) Copulation ; relation sexuelle .
    • Le crapaud manque de tendances sociales. C’est un solitaire, un ermite. Sauf au printemps pour l’amour, il ignore ses semblables. (Jean Rostand, La vie des crapauds, 1933)
    • 3° L’amour physique.[…]. Tout le monde connaît l’amour fondé sur ce genre de plaisir; quelque sec et malheureux que soit le caractère, on commence par là à seize ans. (Stendhal, De l’Amour, 1822)
    • (Au pluriel) Née d’amours fugitives à l’avant dernier printemps, Fuseline, la petite fouine à robe gris-brun, […], était, […], venue de la lisière du bois de hêtres et de charmes […]. (Louis Pergaud, L’horrible délivrance, in De Goupil à Margot, 1921)
    • Car l’amour est un art, comme la musique. Il donne des émotions du même ordre, aussi délicates, aussi vibrantes, parfois peut-être plus intenses ; […]. (Pierre Louÿs, Aphrodite, 1896)
  5. Quelqu’un de très aimable, agréable, que tout le monde aime.
    • Il y avait parmi ces Sauvages un vieillard nommé Chactas, qui, par son âge, sa sagesse, et sa science dans les choses de la vie, était le patriarche et l’amour des déserts. (Chateaubriand, Atala, 1801)
  6. L’objet de l’affection, du sentiment éprouvé.
  7. (Par extension) Représentation d’un petit enfant, d’un putti ou d’un ange, en peinture et en sculpture, allégorie du dieu Amour.
    • C’est, dans un département lointain, une petite propriété que ne décore aucune boule en verre, et où l’œil le mieux exercé ne saurait rencontrer le moindre kiosque japonais, ni le prétentieux bassin de rocailles avec son amour nu en plâtre et son impudique jet d’eau qui retombe. (Octave Mirbeau, Ma chaumière, dans Lettres de ma chaumière, 1885)
    • […]; une colossale figure du « Temps », soulève Terre et cadran sur ses vigoureuses épaules, tandis que des anges joufflus, des Amours pour mieux dire, se jouent tout autour, voletant et dégringolant jusque sur le fronton; […] (Gustave Fraipont; Les Vosges, 1895)
    • La maîtresse de maison fait aussi distribuer dans la rue, dans les hôtels ou dans les gares, des cartes joliment ornées d’un amour ou d’un nu féminin et qui indiquent la nature et l’adresse de son établissement ; […]. (Alain Corbin, Les filles de noce, 1978)
  8. (Féminin pluriel) (Littéraire) Relations amoureuses, sentiments passionnés, passions charnelles.
    • Qu’il me baise des baisers de sa bouche.
      Tes amours sont plus délicieuses que le vin ;
      L’arôme de tes parfums est exquis.
      (Cantique des Cantiques, I, 2, la Bien-Aimée, traduction d’A. Robert, P.S.S. in La Bible de Jérusalem)
    • Je crus que c’était la Vierge des dernières amours, cette vierge qu’on envoie au prisonnier de guerre pour enchanter sa tombe. Dans cette persuasion, je lui dis en balbutiant, et avec un trouble qui pourtant ne venait pas de la crainte du bûcher : Vierge, vous êtes digne des premières amours, et vous n’êtes pas faite pour les dernières. (Chateaubriand, Atala, 1801)
    • Pourtant, comme il arrive à quelques officiers que leur vie errante et des timidités cachées sous une apparence martiale ont condamnés à des amours de passage, Scilly connaissait trop peu les femmes pour apprécier combien était réelle cette naïveté et à quelle profondeur d’ignorance du mal vivaient les deux Marie-Alice. (Paul Bourget, Cruelle Énigme, 1885)
  9. (Agriculture) État de fermentation propre à la végétation.
    • Quand la terre en amour chante son gai réveil,
      Quand le printemps lascif vient réjouir le monde, […].
      (Henry Blaze, Les Deux Muses, dans Revue des deux mondes, vol. 11, 1837, p. 116)
  10. (Par altruisme) Désir d’accomplir le bien d’autrui.
    • Voir en autrui un homme et se comporter en homme à son égard, c’est agir moralement ; tout l’« amour spirituel » du Christianisme n’est rien d’autre. (Max Stirner, L’Unique et sa propriété : Seconde partie - Moi, traduit par Robert L. Leclaire, 1899)
    • Dans ses discours, il défendit avec force cette thèse que la stricte observance des lois religieuses doit s’accompagner, pour devenir méritoire, de la pratique de la justice et de l’amour du prochain, envers les juifs comme envers les non-juifs. (Léon Berman, Histoire des Juifs de France des origines à nos jours, 1937)
  11. (Au pluriel) (Suisse) (Populaire) Les dernières gouttes d’une bouteille de vin. [3]
    • S'il le trouve convenable, il sert ensuite à tour de rôle aux convives un vin propre, pour revenir ensuite vers l'élue de son cœur à qui il sert "les amours", les dernières gouttes de la bouteille qui ont toutes les vertus, qui portent chance et signifiaient beaucoup. (Encyclopédie de la vigne, du vin et des alcools, Club Des Amateurs de Vins Exquis (Cave SA) http://www.cavesa.ch/definition/amours-de-la-bouteille,264.html)
  12. (Psychologie) Affect éprouvé lié à la libido qui fait tendre le sujet vers un objet affectif qui peut être lui même, une autre personne ou une partie d’une autre personne.[4] (exemple: le fétichisme)
Note[modifier | modifier le wikicode]
  • Anciennement, amour était féminin au singulier comme au pluriel.
  • L’amour, la vraie, la grande… (Anouilh)
ainsi que dans la chanson populaire :
  • Tout ça n’vaut pas l’amour, la belle amour, la vraie amour [...] (Alexandre Trébitsch, François Perpignan, Tout ça n’vaut pas l’amour, 1903)
  • De mes amours décomposés (Baudelaire)
  • Causent sinistrement de leurs amours défunts (Baudelaire)

Apparentés étymologiques[modifier | modifier le wikicode]

Antonymes[modifier | modifier le wikicode]

Traductions[modifier | modifier le wikicode]

Vocabulaire apparenté par le sens[modifier | modifier le wikicode]

Hyperonymes[modifier | modifier le wikicode]

Hyponymes[modifier | modifier le wikicode]

Prononciation[modifier | modifier le wikicode]

Anagrammes[modifier | modifier le wikicode]

Voir aussi[modifier | modifier le wikicode]

Références[modifier | modifier le wikicode]

  1. « De la cour de Champagne nous viennent vraisemblablement les formes ainsi traitées amour, espouse qui ont supplanté dès le Moyen Âge ameur, espeuse » (cf. Gaston Zink, Phonétique historique du français, Paris, PUF, 1999, 6e édition, page 59)
  2. TLFi, Le Trésor de la langue française informatisé (1971-1994) (amour)
  3. Rose-Claire Schüle, Inventaire lexicologique du parler de Nendaz (Valais), A. Francke, 1998, page 357
  4. psychiatriinfirmiere.free.fr, 1985

Ancien français[modifier | modifier le wikicode]

Étymologie[modifier | modifier le wikicode]

Du latin amor (« amour »). D’abord amor, la forme amour semble être apparue par l’influence de la littérature provençale.
(1) (xe siècle) Du latin amor Dei (« amour de Dieu »).
(2) (xiie siècle)
(3) (xiie siècle)

Nom commun[modifier | modifier le wikicode]

amour /Prononciation ?/ féminin et parfois masculin

  1. Amour de Dieu, amour filial, paternel, maternel etc.
    • Et ensi ausi as gens et ses parons puet estre aucune amours espéciaus, pour l’amour de charité, ki en Dieu est fondée. (Jean le Bel, Li ars d'amour, de vertu et de boneurte, XIVe siècle)
  2. Amitié, fidélité.
    • Par amour
      amicalement, par fidélité
  3. Sentiment amoureux entre deux individus de sexe différent.
    • Pour verdure ne pour pree
      Ne pour fueille ne pour flour
      Nule chançons ne m’agree,
      Sene muet de fine amour.
      (Gace Brulé, XIIe siècle)
    1. (Par métonymie) Amoureux, objet de l’amour.

Synonymes[modifier | modifier le wikicode]

Dérivés[modifier | modifier le wikicode]

Références[modifier | modifier le wikicode]

  • Frédéric Godefroy, Dictionnaire de l’ancienne langue française et de tous ses dialectes du ixe au xve siècle, édition de Paris, 1881-1902, F. Vieweg (amour)

Moyen français[modifier | modifier le wikicode]

Étymologie[modifier | modifier le wikicode]

De l’ancien français amour.

Nom commun[modifier | modifier le wikicode]

amour /Prononciation ?/ masculin ou féminin

  1. Relation affective (amicale, spirituelle, familiale...).
    • Par ma foy, dist Melusigne, mes suers, vous monstrez amour de vrayes filles a vostre mere, et c’est moult bien dit. (Jean d’Arras, Mélusine, 1392)
  2. Relation amoureuse entre deux personnes de sexe opposé.
    • Quelles nouvelles, ma maistresse ?
      Comment se portent noz amours ?
      De ma part je vous fais promesse
      Qu’en un propos me tiens tousjours
      (Charles d’Orléans, Ballade, XVe siècle)
  3. Affinité, goût qu’un individu porte à une chose (concrète ou abstraite).
    • Je te pourroye nombrer les durs services, les perilz de corps et d’ame qu’il fault souffrir pour acquerir et garder la tres muable, incertaine et deffaillable amour des richesses de ce monde. (Jean Gerson, Sermon pour la fête de la Conception de la Vierge, 1401)

Dérivés[modifier | modifier le wikicode]

Références[modifier | modifier le wikicode]